31 décembre 2007

trois jours de route et au lit

 On ze road, enfin…De Luanda à Gabela…

                       la_nouvelle_route_copie

C’est vrai qu’à force, on aurait pu ne plus y croire, et pourtant, on finit toujours par repartir, pour la suite du voyage, le retour au pays ou les pâturages sacrés de nos ancêtres, mais l’immobilité n’existant pas, on est bien obligés d’y aller.Ce matin du vingt huit décembre, Alain devait se lever à cinq heures pour son boulot, je me suis dit que j’allais en profiter pour faire la même chose et réussir à partir comme Appollo au boulot, très tôt avant les bouchons. Finalement, on a encore papoté comme des pipelettes et je n’ai décollé qu’a huit heures, pleine heure pourrie. Alain m’avait préparé un petit casse-dalle pour la route, comme une vraie maman, et moi comme un con, dans la fébrilité du départ, je l’ai oublié. En partant j’ai croisé le chien Patapon qui se roustait avec des potes. Il sera bien content de récupérer mon pique-nique, ça lui évitera au moins une fois de retourner fouiller les poubelles.

baobabsEt c’est le départ. Je repasse devant le quartier des bungalow d’où étrangement, je n’ai revu personne cette année, puis la Sagrada Familia, le rond point avec la statue d’un mec planté comme un con, mais c’est sûrement un grand héros, puis la Féria Popular, puis la statue d’un autre mec planté comme un con lui aussi, mais pire qu’il est, brandissant le volant de sa Mercedes…merco2puis des kilomètres de bouchons et de travaux. Malgré sa direction molle, ses freins pourris et son paquetage protubérant, la Béhème se faufile et je retrouve vite mes réflexes de circonstance. Il faut se glisser le long des véiculo longo pour éviter que les flics aient une envie subite de me contrôler. Comme les véiculo longo sont aussi vraiment des véiculo de traviolo, des fois, ça passe un peu juste. Bon, ça y’a pas coupé, il y’en a un qui a voulu se contrôler un petit blanc en bécane. Mais comme tant de fois, j’ai fait mine de rien et je suis passé. Comme un peu plus loin, il y’ en a un autre qui a voulu remettre ça, j’ai feint le dépassement et je me suis encore tiré. En même temps, je me disais que le premier avait peut-être lancé un appel radio et que je n’allais pas tarder à me retrouver avec tous les keufs d’Angola à mes trousses. Là dessus, vieux coup de flip. J’attends un peu le passage d’un gros semi porte-container et je me planque derrière pendant quinze bornes, jusqu’à Catete. La route, elle est super moche dans ce coin-là ; je ne perdais pas grand chose, bien planqué derrière mon gros bahut. Après, y’avait plus de contrôle…ah si, encore un, celui de la sortie de province avec barrière et tout. Mais là, j’ai profité qu’on ouvrait le passage pour un minibus en sens inverse pour me glisser en faisant un grand merci de la main. C’est un plan en béton, le grand merci de la main, ça passe toujours ! Après la route est plus étroite, super jolie avec des baobabs partout. On traverse des petits villages avec des femmes qui vendent des fruits et légumes, des hommes qui papotent en frimant, puis tout autour, des Caterpillar avec des chinois qui bossent comme des acharnés au terrassement de la future nouvelle route.motards___Quibala J’avais prévu de m’arrêter à Quibala…ça faisait trois cent cinquante bornes de route, c’était à l’embranchement de la route de Lobito, c’était parfait. Mais à part le petit resto où j’ai cassé la croûte, il n’ y’a rien dans ce bled informe, même pas d’essence, j’ai dû en acheter sur la marché parallèle au double du prix…bon, le double du prix, ça fait jamais qu’un Euros, alors on va pas s’énerver, mais j’ai continué la route quand même ; paysage_quibalal’envie de rouler était plus forte que tout, de me faire une rallonge de soixante dix bornes de goudron pourri de trous et de latérite défoncée. Avec cette route montagneuse plutôt genre sublime, je n’avais pas le moindre regret d’infliger à mon cul malingre deux heures de rab en selle tassée. Mes pensées commençaient à dériver au milieu des forêts d’eucalyptus, je pensais aux femmes qui m’avaient fait puis défait, qui m’avaient anéanti puis fait renaître. Je n’avais plus envie de m’arrêter. resto_quibala_copie

La route défoncée se faufile entre des empilements de rochers noirs plantés au milieu du vert tendre de la végétation des pluies ; quand je pense à tous ceux qui bossent à Luanda et qui ne viendront jamais ici, il y’a certaines choses qui m’échappent complètement. J’ai fini par m’arrêter à Gabela, une petite bourgade presque jolie. Dans mon hôtel discret, il n’y a pas d’électricité, mais par contre la boîte de nuit de l’autre côté de la rue doit avoir un très bon groupe électrogène…

bienvenue___Gabela

Vingt neuf décembre ; de Gabela à Benguela.

le_retour_du_march__copieCe matin, je me suis levé tôt, toute la petite ville était noyée dans la brume. Je me suis acheté deux trois bricoles dans la rue parce que si j’avais dû attendre un petit déj, je crois que j’y serais encore. Pendant que je grignotais mes achats frugaux, un mec de l’immigration est passé en pantoufles pour contrôler mon passeport, on a papoté un peu de mon voyage et tout ça et puis j’ai repris la route. Ils se formalisent moins qu’à l’arrivée à l’aéroport dans les collines. C’est joli la montagne, il y’a des nuages accrochés aux crêtes et des rivières tumultueuses. Puis la piste est un peu technique, ça replonge dans le bain. Mais après une soixantaine de bornes, on retrouve un goudron pourri dans La plaine. La route redescend vers la mer, il fait beaucoup plus chaud, ensuite à partir de Sumbe, ville poussière au bord de la mer, les chinois sont passés par là. Je me retrouve sur une route toute neuve. Avec mon pneu chinois sur une route chinoise, ça devrait rouler comme du velours. Mais je sens très vite que ce petit boudin-là n’aime pas trop les courbes toutes neuves. Son truc c’est la boue, et cette année, malgré tout ce qu’on m’avait dit, il fait vraiment plutôt sec.

lobito

Elle est chiante cette route toute neuve, y’a pas un pet d’ombre, me voilà parti pour tirer jusqu’à Lobito. Lobito et Benguela, on m’en avait souvent fait l’article en me vendant ça comme deux perles balnéaires délicieusement rétro. Je ne sais pas si je deviens blasé mais bon. Après deux cents bornes de goudron tout neuf mais quand même joliment décoré sur la fin par un arrière-plan de montagnes du plus bel effet , je croyais que la route allait plonger vers la mer dans le genre la forêt qui rejoint les vagues, mais ce n’est pas du tout ça. Après une sorte de petit col avant la descente, on se retrouve au milieu de collines complètement arides et poussiéreuses. Tout ça s’urbanise chaotiquement et se termine sur une sorte de Palavas les Flots un peu délabré . Bien sûr que la chaleur me donnait envie de me poser et à part un truc chicos au bout de la baie, il n’y avait pas l’ombre d’un hôtel ici, et putain, j’en avais bien besoin de l’ombre d’un hôtel. Après un poisson frit dégueu au bord d’une plage où des crétins en quad te niquent ton plaisir de pause tranquille, je me suis dit que je trouverais mieux à Benguela qui n’est que trente bornes plus loin. J’ai toujours assez bien méprisé les crétins en quad, les crétins en général, mais en quad peut-être un peu plus. Alain m’a raconté que pendant la guerre, les mecs de l’Unita de baladaient toujours en quad et quand ça se remettait à bastonner entre l’Unita et le MPLA, des fois il y’en avait un qui se faisait brûler vif attaché à son engin débile. Je sais pas s’ils faisaient ça pour me faire plaisir mais je n’en demandais pas tant.

Benguela c’est un peu plus grand, ça se la pète un peu plus, ça s’est construit une espèce de Promenade des Anglais , mais il n’y a pas des masses d’hôtels non plus. J’ai fini dans le modèle chic du coin, on m’a promis qu’il y avait Internet. Ah ben non, finalement, y’a pas Internet…ça me rappelle les hôtels en Roumanie où on nous proposait le choix entre piaule avec bain ou piaule avec douche, et il n’y avait même pas l’eau ; là y’a bien des ordinateurs mais y’a rien qui fonctionne ! Je vais boire un bière en ville et puis j’essaye de me connecter avec le satellite sur le toit de l’hôtel…C’est enfin le moment de sortir l’arme fatale. Mais putain j’y crois pas, ça connecte mais ça refuse d’envoyer le message. Je recommence plein de fois, ça m’éneeerve, putain je vais dormir tiens ! route_trou_e

Le trente décembre…

Ce matin, j’ai profité grave du buffet de petit déj. Il n’y a peut être pas Internet dans cet hôtel à la con mais pour les p’tits déjs, c’est bon, ils assurent et moi je me calle en prévision d’une étape costaud. Les chinois ne sont pas encore passés par la route de Huambo, c’est quatre cent bornes de pistes et on dirait qu’il va faire chaud. Il y’ a alternance perpétuelle entre bitume troué et piste bosselée. La route redevenue piste , c’est toujours plus fatigant qu’une vraie piste de latérite. C’est que une fois le goudron disparu, c’est les cailloux entassés dessous qui réapparaissent et c’est beaucoup moins confortable que la traditionnelle tôle ondulée qui se prend peinard à un bon quatre vingt bien enroulé. Ici on enroule rien du tout, il faut bien regarder parce que y’a des trous qui tapent dur. J’ai embarqué un stoppeur pendant une trentaine de bornes, un jeune bidasse qui n’arrêtait pas se s’agiter en me racontant des trucs en Portugais. J’y comprenais que dalle et cet abruti, en bougeant tout le temps il me broyait les couilles sur mon réservoir. autostoppeur_copieQuand je l’ai déposé devant son cantonnement, il a tenu à me présenter son chef et aussi à ce que je le photographie me faisant un beau salut militaire ; c’est là que j’ai vu que je n’avais plus de batterie. Il est tout nouveau mon appareil de Luanda, je n’ai pas encore vraiment pris le temps de lire la notice ! Arrivé à Balombo, toute petite ville tranquille, j’ai cherché un genre de resto où pendant que j’allais casser une petite croûte, j’aurais pu recharger cette pile à la con. Mais les petites villes, ici, ça n’a l’électricité que quand la nuit tombe alors j’ai juste bouffé en discutant le coup avec des bonnes sœurs espagnoles qui voulaient tout savoir de mon voyage. Je leur ai même fait une projection diapo avec mon ordi. J’espérais secrètement que dans leur base elles aient Internet avec le haut débit directement relié avec Dieu, mais bon, non, elles n’avaient pas ça du tout. Comme j’avais repéré un peu plus loin une ampoule allumée en plein jour, j’ai flairé le groupe électrogène et je me suis dit que là, il y’ aurait sûrement une prise électrique. Changement de décor ; on passe des bonnes sœurs aux grumeaux. Pour ceux qui ne savent pas encore ce qu’est le grumeau, je les invite prestement à aller relire mon premier blog, on y rencontre le grumeau au pays Dogon. L’œil rougeâtre, le propos incohérent, le regard veule et avachi, on ne peut pas louper le grumeau, au premier coup d’œil on est fixé. mon__garde_du_corps_copieJ’étais bon pour payer quelques bières pendant l’heure nécessaire au rechargement de la batterie. Encore une fois, quelques caricatures ont considérablement apaisé l’ambiance. Au milieu de tout ça, il y’avait le pire modèle disponible en rayon, le grumeau flic. Celui-là, avec ses raybane à deux balles, il avait envie de faire chier. Heureusement, il y’ avait laussi un mec genre colossal, qui m’aimait plutôt bien. J’avais dû bien réussir son dessin. On rencontre de ces mecs, des fois, on dirait qu’ils ne sont pas à la même échelle, des trucs gigantesques que même à côté, Dany, notre John Wayne de la BD, on dirait vaguement une sorte de nain, un schtroumpf…Enfin, mon ami colosse, il a bien géré les autres, et j’ai pu repartir tranquille. J’aurais presque dû faire étape là, il était déjà trois heures bien tassées, mais je ne le sentais pas ce bled, les marques que j’ avais posées n’étaient pas nettes, alors je suis reparti zigzaguer sur la piste. Partout, c’est un paysage de grandes collines vertes à perte de vue puis on rejoint la route principale qui relie Luanda au sud du pays . Il y’ avait un contrôle ; pour une fois, je me suis arrêté. Ils ont commencé en roulant des mécaniques puis quand je leur ai dit que je venais de France, ça les a bluffé et on a fait potes direct. A partir d’ici, les chinois on commencé le terrassement de la future nouvelle route. Une route en terrassement, c’est encore un autre genre de piste, pas de trous, on peut se faire des petites accélérations qui chassent les cailloux, mais c’est dans un environnement super moche. Au milieu des Caterpillar et des talus en constructions, ça le fait moyen. J’avais de plus en plus l’impression que j’allais arriver à Huambo avec la nuit et encore galérer pour trouver une piaule. Du coup, je me suis acheté des bananes et des ananas au bord du chemin puis j’ai pris un piste perpendiculaire au hasard et, comme un boy scout, je suis allé planter ma tente au milieu de la brousse. Et là peinard, je peux taper ma petite chronique avec des milliers de chants de grillons comme musique de fond…pas de compresseur, pas de clim pourrie mais pour trouver une connexion Internet ce soir, ça risque de ne pas être totalement évident …Putain de satellite! toit_d_hotel_copieLe trente et un…Lever à l’aube…C’est normal quand on passe la nuit dans les broussailles. Le ciel est un peu couvert, ça caille légèrement, je marche un peu pour me dégourdir les guibolles, un peu plus loin je tombe sur un gros terrier. Si c’est une tanière de hyène, elle doit être inhabitée sinon j’aurais sans doute eu des visites pas cools en pleine nuit. Je recharge la bécane pour une mini étape de trente bornes. A Huambo, je trouve déjà un endroit où m’enfiler trois cafés et une grosse part de cake encore tiède, on m’indique où il y’a un cybercafé et un hôtel…c’est un bon endroit où passer la journée…

                     paysages_de_montagnes

Passez donc un bon réveillon, moi je vais me reposer un peu ...

Posté par ptiluc à 11:38 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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