22 janvier 2008

les grumeaux en uniforme

ruearbor_eLes deux premiers jours, j’étais logé dans un hôtel qui se la pétait un peu extérieurement ; mais dedans beaucoup moins. Après deux nuits dans cette piaule sinistre avec vue sur un mûr pourrave, douche sans flotte et population très agitée dans les couloirs la nuit, j’ai demandé à Hubert s’il n’avait pas un autre plan pour que je n’entame pas le stage avec un vieux coup de déprime.  J’ai fini dans un immense collège de curé. Pour l’austérité et pour la douche matinale c’est pas mal non plus, dans le genre. Mais, il y’ a des arbres et une piscine vide dans laquelle résonnent puissamment les chants nocturnes des crapauds. Le matin, on a droit aux cloches de la chapelle, mais ça ne me gène pas trop de me lever tôt… Si on veut, on peut prendre un petit déj aussi austère que la douche et le sommier à ressorts, mais j’ai pris l’habitude de marcher entre les allées de flamboyants et de jacaranas pour aller prendre quelque chose de plus consistant dans mon snack à côté du boulot. À certaines époques de l’année, les flamboyants sont rouges et les jacaranas sont mauves comme des lilas géants, mais là tout est juste vert. Mais c’est très joli quand même. le_cyber_de_Lubum

Hier je prenais des photos dans la rue, je prenais mon temps aussi ; j’attendais que la lumière traverse un nuage pour venir éclairer la façade jaune pétard d’un joli bâtiment modern-style. Puis à un moment donné, il y’a eu un espèce de flic en civil qui a débarqué, puis un autre, puis un en uniforme, puis un attroupement. Ils ont commencé à me demander si j’avais mon permis de photographier, puis à me traiter d’espion ; j’ai commencé à essayer de parlementer puis surtout, tout en parlant, de me diriger vers le centre culturel qui n’était qu’à une cinquantaine de mètres de là.

Mais on sentait bien qu’ils ne voulaient pas lâcher leur proie, il y’ avait de la thune à se faire, ou au moins un appareil photo.autorisation_photo J’en cherchais un dans l’attroupement qui n’aurait pas eu cet regard de grumeau bestial si inquiétant parfois, quand on se retrouve en déséquilibre. Une fois que je l’ai trouvé mon bout d’humanité, il ne me restait qu’à m’y accrocher pour faire les quelques mètres, atteindre la porte et me faire repérer par quelqu’un qui me connaissait.

Comme bien souvent, après un pic tendu (même le placide Hubert s’est énervé) la tension s’est désamorcée, je leur ai montré des dessins, et le plus acharné de tous avait plutôt la tronche d’un chien qui vient de se faire piquer son os ; mais quelque part, je sentais encore ses mâchoires de sale clébard stupide.

Maintenant, j’ai un permis de photographier, mais dans la rue, j’ai bizarrement surtout envie de faire des dessins…Encore une fois je découvre l’incroyable protection que m’apporte ma bécane et mon crayon. Un piéton avec un appareil photo ne doit jamais oublier qu’il est la chose la plus vulnérable sous le ciel des tropiques. 

                       mine_de_cuivre

Et puis, je vous balance une petite mine de cuivre, juste comme ça, pour le fun, parce que c'est super interdit de photographier les mines de cuivre, c'est srtatégique à mort!

Posté par ptiluc à 09:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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