04 février 2008

petites chroniques

Il y’a souvent des pannes d’électricité à Lusaka. Pourtant, quand on traverse ce pays, on sent quand même un développement plus accompli qu'à Kinshasa ou Luanda. À Kin, le problème vient du fait que sur les quatre turbines du barrage sur le grand fleuve, il n’y en a que deux qui fonctionnent et elles servent plus à vendre du courrant à l’autre Congo juste en face qu’à leur propre consommation à eux. Ici, c’est une autre histoire. Déjà, à la base, il y’a cette bonne vieille saison des pluies pendant laquelle il y’a beaucoup plus de pannes qu’à la saison sèche. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça. Quand on dit aux gens d’ici que les pannes, là, ça commence à bien faire, ils te lèvent les bras au ciel en disant « aaah, rain season, rain season… », mais après, il y’a le problème du Zimbabwe.

Au Zimbabwe, tout le monde le sait, c’est le bordel. Le pays s’est effondré et l’électricité qui va avec aussi. Le pays a deux principaux fournisseurs d’électricité. Le premier c’est l’Afrique du sud, qui à force de n’être pas payée a fini par couper l’alimentation. Le deuxième c’est le lac Kariba. Le barrage de ce lac fut construit du temps où le Zimbabwe était la Rhodésie du Sud et la Zambie celle du Nord. Tout ça fut construit pour alimenter les deux pays frères dans les années cinquante. Maintenant, les années ont passé et comme dans toutes les familles, chaque frère a fait sa vie et ils n’ont plus grand chose à se dire, mais le barrage est toujours là. Il n’y a plus que lui pour lui filer du jus au Zimbabwe, le frangin qui avait tout pour réussir mais a foiré sa vie. Du coup, il tire à mort sur les turbines et en Zambie, il y’a plein de coupures parce qu’il y’a tout le système qui rame à mort ! C’est toujours chiant les histoires de famille.

Il y’a deux ans, j’avais rencontré au Burkina Faso, une urbaniste pas du tout genre cynique néolibérale mais plutôt ancienne bab’ tranquille. Elle travaillait sur le projet de construction du nouveau Ouaga et m’avait raconté des choses surprenantes sur les nouvelles conceptions urbaines. Quand je lui avais demandé comment ou pouvait prévoir de tel projets architecturaux à côté des bidonvilles elle m’avait sorti toute une théorie comme quoi vu que maintenant on considérait que les bidonvilles revenant petit à petit dans les pays dits développés, il fallait les considérer comme une composante normale du paysage urbain futur et concevoir des projets en fonction de leur présence. Le but ce n’est plus d’enrayer la pauvreté mais de la considérer comme normale et de construire autour. On irait donc tout doucement vers un système de caste à l’indienne, avec une hiérarchie sophistiquée qui placerait tout en haut du nouveau panthéon les maîtres milliardaires mondialisés, ensuite leurs valets politiques qui ne rêvent que de leur ressembler en léchant fébrilement leurs chaussettes sales, en épousant des princesses pipôls et en leur offrant les autres castes en pâture. Puis tout en bas, il y’a les intouchables, la caste des rebus, qui ne cesse de s’agrandir au fur et à mesure que la race des saigneurs lui pompe son énergie vitale. Comme dans toute religion, on la maintient le nez dans sa merde en lui promettant un avenir meilleur dans une autre vie. Finalement, les temps modernes n’ont rien inventé; c’est pas étonnant que les excités du lêche-chaussette, se mettent à ressortir les vieilles bondieuseries de la naphtaline.

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En me baladant près de chez Jean Luc, j’ai d’autres conceptions urbanistiques qui me viennent en tête en voyant tous ces micro champs de maïs autour des maisons. Et si on imaginait plutôt une sorte d’urbanisation des campagnes qui serait une réintroduction de la vie paysanne dans la ville. Les métiers de la terre, dont nous dépendons tous, ne seraient plus considérés comme des maladies honteuses pour des rebus d’arrière pays et les paysans seraient peut-être bien contents de s’urbaniser un peu sans pour autant abandonner leurs champs. Tous les bidonvilles sont remplis de gens qui ont fui les campagnes…et si c’était dans les champs qu’on la fabriquait, la nouvelle civilisation de la décroissance ? 

Posté par ptiluc à 17:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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