20 février 2008
terra profunda
C’est l’histoire de trois mecs qui vivent leur vie en Afrique, plus un quatrième qui n’en vit qu’une partie. Le quatrième c’est moi ; chaque hiver, je récupère ma bécane là où je l’ai abandonnée l’hiver précédent et je traîne mes pneus un peu au hasard du continent, en fonction des hasards qui s’offrent à moi et qui ne sont souvent rien d’autre que des cadeaux du destin. Il y’a quatre ou cinq ans, j’étais passé en Namibie où m’avait emmené une enquête que j’improvisais alors pour un éditeur parisien sur les auteurs de bandes dessinées d’Afrique. La Namibie n’est pas un pays qui regorge de talents artistiques , on y trouve nettement plus des jeunes aventuriers qui roulent leurs bosses et parfois la pose, comme un scarabée du désert. C’est ce qui est arrivé aux trois autres. Ils ont tous débarqué aux pieds des dunes du Namib, vers le milieu des années quatre vingt dix.
Le premier s’appelle Emeric, c’est une sorte de personnage de roman. Un fils de bonne famille , un héros proustien qui un jour, à une espèce de concours à la con, a gagné un séjour au Sénégal. Il n’en avait pas grand chose à Péter de l’Afrique. Il y’est allé comme ça, par désinvolture romanesque et dix ans après il n’était toujours pas revenu. Le second n’est pas vraiment un prolo non plus. Il a grandi à Bruxelles et, à vingt ans, a un peu tout plaqué lui aussi. Mais il est allé moins loin. Un Belge quand ça cherche à vivre dans la jungle, ça commence toujours par leur forêt vierge à eux, les sombres futaies des Ardennes. Là, quinze ans après ses aînés des glorieuses Seventies, Vincent redécouvrait le plaisir du riz complet et des navets du jardin, il se glissait petit à petit dans la peau d’un vieux bab pouilleux, mais sa grande sœur est venue changer sa vie. Elle, elle avait suivi une trajectoire dont sa famille était beaucoup plus fière, elle faisait des affaires dans l’hôtellerie Namibienne, là bas, au sud ouest du continent, ce coin complètement insolite où l’Afrique parle encore l’allemand de ses premiers colons. Elle avait besoin d’un coup de main, la frangine, alors elle a fait venir le petit frère qui n’est jamais retourné dans les Ardennes lui non plus.
Le troisième c’est Christophe. À force de grimper sur les pylônes EDF pour en régler l’allumage et la carburation et de regarder cet horizon, si attirant, là-bas au sud , il a fini par se prendre un année sabbatique pour aller voir un peu plus loin, à quoi ça ressemblait au sud du sud. Le hasard l’a emmené en Namibie. Inévitablement pendant toutes ces années passées dans le même pays, ces trois-là qui chacun à sa façon, bossaient dans les mêmes structures touristiques, ont fini par se rencontrer. Ils ont commencé à avoir envie de faire quelque chose ensemble et pourquoi pas, pour une nouvelle expérience : tenter un truc dans un nouveau pays. Même si deux d’entre eux avaient déjà fondé une famille au pays des dunes, ce n’est pas ça qui allait les arrêter. Ils avaient entendu parler de ce Mozambique aux deux milles cinq cent kilomètres de côtes, qui était enfin sorti de vingt ans de guerre et ne demandait qu’à faire venir des gens de l’extérieur qui avaient envie d’investir dans la reconstruction, comme on dirait à la téloche. Beaucoup de Sud africains ont trouvé là l’occasion de fuir un passé trop pesant pour retenter un départ ici. Il y’a aussi des blancs du Zimbabwe qui se sentaient un peu menacés par le régime d’un Mugabe un peu trop vieux et carrément caractériel, qui eux sont plutôt partis dans le nord et puis enfin trois francobelges plein de punch qui ont emmené Babeth avec eux. Babeth était en Namibie depuis l’indépendance du pays en quatre vingt onze. Elle y a débarqué comme chauffeur, elle sait y faire Babeth avec les professions de garçon, alors le trio a décidé de l’emmener pour si des fois ils avaient besoin de quelqu’un pour faire vigile ou garde du corps ou conducteur de bulldozer.
