on ze road toujours...

Bon, je vous laisse, il faut que j'aille reconstruire une moto en Angola...

16 décembre 2007

de lolabonobo à Luanda

bonobos

Juste une petite étape au pays des bonobos…Mais comme d’habitude, rien n’est jamais vraiment pareil quand on revient quelque part. Ceux dont je me souviens le plus sont passés dans les grands enclos. A cinq ans, les jeunes sont sevrés et ils rejoignent les groupes en semi-liberté qui sont en apprentissage de vie sauvage avant d’être relâché à partir de 2009… Plus question de sentimentalisme puéril, aussi attachants que soient ces petits cousins poilus, ils ne sont surtout pas là pour être des animaux de compagnie, mais quand je reviens dans l’enclos des petits où il y a les nouveaux arrachés aux trafiquants de viande boucanée, ça me fait une drôle d’impression. Ils sont là, presque identiques à mes potes de l’an dernier, tout aussi rigolos, mais ce n’est plus les mêmes et moi je ne fais, plus que jamais, que passer.

 Jean le cuistot m’a ramené à l’aéroport. Il faisait chaud, je me suis pris un sandwich mou et une Heineken qui m’a foutrement donné envie de roupiller.

a_roport_de_N_Djili_copieA l’embarquement, je ne rêvais que de m’écraser sur mes sacs et de piquer un bon roupillon avant l’enregistrement de mes surplus de bagages.

Il y’a toujours des espèces d’agents indéfinis, vaguement officiel mais que sur les bords, qui veulent s’occuper de toutes les formalités pour les blancs dans le coltar. Sachant très bien que, sur Crash Airlines , ils sont plutôt chiants avec les excédents, je me suis laissé embobiner par un de ces agents troubles en lui disant que s’il me faisait péter ce surplus à la con, je lui filais ce que ça m’aurait coûté, et puis j’étais quand même au courant du tarif puisque je me le suis tapé il y’a un an à peine…comme ça, au moins, je pouvais cuver ma bibine .

Bien évidemment, après qu’il m’ait demandé des dollars pour payer un excédent vaguement revu à la baisse mais ch’uis même pas certain, il voulait sa com’ à lui. Je lui ai dit que ça , mon pote, c’est un truc qu’on annonce dès le départ sinon, ça le fait pas du tout. Alors le lui ai filé quelques biftons quand même, mais des petits, et puis comme au bon vieux temps, je lui ai fait sa caricature et celle de son collègue et puis on s’est quittés bons amis avant la salle d’embarquement en se souhaitant à une prochaine bien évidemment très hypothétique. file_d_attente_copie

Et me voilà maintenant dans la salle d’embarquement non climatisée, on est en train d’installer un sapin de Noël en plastique et il ne me reste qu’ à attendre un avion au retard totalement indéfini…je devrais peut être aller me prendre une Heineken et faire une sieste

Quelques heures plus tard, je suis toujours à l’aéroport international de N’Djili.

L’avion n’est toujours pas arrivé et la nuit tombée depuis longtemps…on a vu partir les belges de Brussels Airlines et les français d’Air France, mais les oubliés de la TAAG, les échoués de Crash Airlines, se préparent tout doucement à passer la nuit sur place.

J’ai tenté par Internet de lancer quelques bouteilles à la mer en espérant que l’une d’elles arrive à Luanda pour signaler à ceux qui devaient venir me récupérer vers dix sept heures que mon heure d’arrivée était passée dans une autre dimension. Il fait une chaleur suffocante dans la salle d’embarquement mais je me suis préparé un couchage rudimentaire avec mon blouson et mon sac de cabine sur la terrasse avec vue imprenable sur la piste. Il y souffle un petit vent tiède et les moustiques sont suffisamment discrets pour que je puisse sombrer dans un petit sommeil en surveillant le tarmac du coin de l’œil des fois que, quand même, à un moment donné de la nuit, un avion angolais se pose sur la piste...

 

  salle_d_attente_copie 

Posté par ptiluc à 21:54 - Commentaires [0] - Permalien [#]


18 décembre 2007

Mécanique générale

appollo_copieDepuis deux jours, c'est du lever à cinq heures et du cambouis toute la journée, mais la moto n'est pas encore repartie; il y'a des trucs qui on pétés pendant le transport, des petits trucs à la con, mais ça rallonge le remontage. Je bricole dans un atelier planqué au fond d'une impasse boueuse longée par un égoût à ciel ouvert qu'on pourrait appeler une petite rivière mais ça ne  serait pas sans une pointe d'ironie. Il y fait bien chaud à côté du groupe électrogène qui turbine toute la journée...Il faut se lever tôt parce que mon pote Appollo, le scénariste mondialement célèbre, est venu faire le prof à Luanda,  comme ça , pour le fun; le matin, il se tape deux heures de bouchons pour faire un kilomètre ou peut être deux, et en partant aussi tôt, il a plus de chance de ne pas passer la journée dans sa bagnole. feira_popular_ Appollo habite à côté de la Féria popular et aussi de ma branche lointaine de famille Angolaise dont je vous parlais la dernière fois...il a un très joli groupe électrogène dont il est très fier pour pouvoir se connecter sur Internet, à force on s'y habitue, ça fait quand même moins de bruit que les Boeing qui se posent sur la piste juste derrière la quartier. grde_roue_fera_popular Moi j'ai mon appareil photo qui est tombé en panne, c'est cool pour faire mon blog; si le prix des appareils photos est proportionnel à celui des loyers, je vais devoir aller faire du trafic de diamant pour en récupérer un ici !montagnes_russes_feira_popu

Posté par ptiluc à 19:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]

19 décembre 2007

Comme un sursaut

ce soir à dix neuf heures la moto a vrombi...un peu chaotiquement certes, mais après quelques réglages, je devrais pouvoir sortir de l'atelier et trouver un appareil photo pour bloguer correctement...merci à ceux qui m'ont proposé de m'en envoyer un, c'est super sympa les amis, mais ici, les choses n'arrivent pas facilement et quand elles arrivent  il ya des fonctionnaires qui aiment bien les cadeaux, surtout juste avant Noël !

Posté par ptiluc à 20:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]

21 décembre 2007

les jours se suivent mais c'est jamais les mêmes

Avant hier je jubilais d'entendre vrombir mon moteur, le lendemain matin, qu'on peut aussi appeler hier, frais et dispo à l'aube pour faire les réglages, je démarre le moulin et voilà que tout s'arrête...d'un coup, comme ça, plus rien...Il y' a une couille électrique quelque part; un docteur mécano va passer dimanche, en attendant pour calmer mes nerfs, on va aller à la pêche. On m' a prété un appareil photo pour deux jours,  parce que même si je fais des dessins, il faut quand même pouvoir les photographier! Ce blog finira t'il un jour à ressembler à quelque-chose ?

Posté par ptiluc à 12:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 décembre 2007

une petite pause au bord de l'eau

La mécanique est une science improbable, quand on répare un côté, il y’a toujours l’autre qui va avoir l’envie soudaine de se faire remarquerMais peut être que la science la plus improbable c’est celle du voyage, doublée de celle du voybruce___alain_copieage avec une bécane de cent trente cinq mille bornes…Mais bon, maintenant que je suis là, il n’est pas question de baisser les bras. Comme il y’avait franchement de quoi commencer à craquer avec ces pannes électriques soudaines, Alain m’a amené à quatre vingt bornes d’ici, sur les bords du fleuve Kwanza. Son pote Bruce, Zimbabwéen rouquin qui a fuit les folies de Mugabé, y loue des bungalow au bord de l’eau. Le fleuve porte le même nom que la monnaie angolaise ; un peu comme si la Tamise s’appelait la Livre Sterling…du coup, on dirait « tiens je vais faire un tour en bateau mouche sur la Livre Sterling» , mais ça fait un peu con, non ? Et bien nous on est allé faire de la barque sur la Kwanzamais ça sonne mieux, je trouve. Après on s'est tapé quatre heures de bouchons, mais c'est normal à Luanda, c'est une bonne moyenne. Alain travaille dans la boîte de Jean Claude qui a recueilli ma bécane l’année dernière…il habite juste à côté de l’impasse au fond de laquelle se trouvait ma pauvre bécane. On a exactement la même Triumpf en France ; entre hommes de goût, on ne pouvait que s’entendre, j’ai fini par m’installer chez lui …

au_fond_de_l_impasse_copie

ça fait vingt ans qu’il vit en Angola, et le soir on se raconte nos vies en buvant quelques coups. IL est pote avec Daniel Jacquot. Daniel Jacquot est une légende vivante, c’est déjà lui qui, en quatre vingt quinze, avait sauvé de la ruine la Yamaha de Christophe, un p’tit gars que j’avais rencontré au Mali et qui partait faire le tour d’Afrique. Et depuis que je fais des blogs en voyage, des tas de gens m’écrivent des commentaires où il me parle de ce Dieu du dépannage, qui fut la providence de pleins de motards en déroute angolaise. Demain matin, ce sera mon tour de rencontrer la providence

                     retour_de_balade_copie

Posté par ptiluc à 23:20 - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 décembre 2007

Zorro est arrivé…

Ouais carrément, mais je vais vous faire une révélation incroyable…le héros, on s’était trompé, ce n’est pas le Dandy moustachu avec son épée qui fait Z, non, c’est l’autre, le petit gros moustachu, je l’ai vu de mes yeux vu, le vrai héros de la mécanique c’est le sergent Garcia !

Il est donc arrivé avec sa mallette de docteur et a commencé à vérifier tout le cablage électrique, il a trouvé des trucs rouillés un peu partout, des trucs qui ne servaient plus à rien et puis surtout il m’a dit que mon démarreur était naze, c’est con, je venais de l’amener avec moi. Mais avec celui tout pourri que j’avais acheté ici l’année dernière, quand je croyais pouvoir encore continuer, il en a reconstruit un en quelques minutes.

zorro_est_arriv__puis_il_es

Je me suis dit que j’avais encore bien des choses à apprendre puis j’ai décidé d’oublier tous ces accesssoires que j’avais ajoutés il y a des années. A la poubelle les phares longues portées tout rouillés, les buzzers de clignotant que j’avais montés pour qu’on me prenne pour un keuf dans les embouteillages et aussi les poignées chauffantes qui en Afrique à la saison des pluies ont une utilité assez minimes... de toute façon tout ça ne fonctionnait plus depuis bien longtemps. Le Dieu de la mécanique est reparti et avec Alain, on va se faire quelques réglages et un petit tour en ville. Il serait temps que ça roule un peu, depuis que j’ai posé le pied sur le sol Africain, j’ai dû rouler entre deux et trois mètres la première fois que ça avait démarré, il y’a trois jours, je l’avais déplacée dans l’atelier, au moteur, en passant la première et tout ; ça avait été ma première étape africaine.

Zorro_copie

Posté par ptiluc à 11:16 - Commentaires [0] - Permalien [#]

25 décembre 2007

petits tours en ville

Depuis que j’étais arrivé à Luanda, au moteur, en vrai, en passant la première, je n’avais roulé que deux mètres dans l’atelier où elle avait redémarré pour la première fois. Depuis hier, il y’a un léger progrès, j’ai tenté une sortie…

Le moteur ne fume plus, il cliquette pas mal, mais on verra bien .

Un petit tour à l’ambassade pour rendre visite à un des attachés culturels, ou quiqu’chose du genre , m’a permis de constater qu’il fallait vraiment que je démonte mes freins parce que dans l’état où c’était je risquais de ne pas pouvoir aller très loin . J’ai donc tout viré, puis comme j’avais prévu d’aller rendre visite à la famille, j’y suis allé sans frein pour être sur de pas les louper mais je les ai loupé quand même vu qu’ils étaient tous partis passer Noël à la campagne.

Après je suis rentré à la maison pour remonter mes freins qui macéraient dans le dégrippant, parce que rouler dans une ville Africaine sans aucun frein du tout, c’est pas super l’idéal, même s’il y’a beaucoup moins de circulation le jour de Noël que tous les autres jours !

Il me reste quelques tentatives de réglages anti cliquetis puis trouver un appareil photo et je pourrai prendre la route.

Tout à l’heure, en longeant la côte à Ilha de Luanda, la bande de sable un peu crade qui sert de plage branchouille du coin , j’ai commencé à retrouver un peu de l’air de la route que me disait qu’il était temps de repartir…

                                    balade___iLha_copie

Posté par ptiluc à 23:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]

26 décembre 2007

fin de mécanique et clébard en ville

immeubles___Luanda_copie

Ce matin il pleut, pas beaucoup, mais bon, il pleut. C’est con ça, j’avais presque oublié qu’on était à la saison des pluies. Il me reste encore à remonter ma béquille fraîchement ressoudée , changer mon filtre à huile et vérifier quelques bricoles électriques. Après j’attends un peu que ça sèche et ça devrait rouler…Il faut encore que je trouve un appareil photo et sous la pluie c’est pas terrible. Mais la pluie, ça s’arrête toujours, c’est comme ça…D’ailleurs deux heures plus tard, on y pensait même plus. On a passé un nombre d’heures incroyables à désosser tout le circuit électrique pour comprendre pourquoi autant de trucs merdouillaient. finalement Alain, qui est décidément un allié bien précieux, en a déduit, fort judicieusement, qu’il serait peut-être temps de changer tout le faisceau électrique…c’est rigolo, c’est la première fois qu’avant de prendre la route, je sais déjà ce qu’il faudra amener la prochaine fois…le câblage électrique complet, un frein arrière…avec un peu de chance, on fera dans le plus léger que cette fois-ci mais est-il bien raisonnable de déjà faire ma liste de dans un an alors que je suis à peine prêt à prendre la route ?

Alain a un clébard qui s’appelle Patapon ; il l’ a récupéré au bord du fleuve, l'animal a d’ailleurs gardé de sa vie passée des habitudes assez rudimentaires. Alain essaye de le nourrir bien comme il faut, peut être même trop, mais ce qu’il préfère Patapon, c’est ramener à la maison les trucs les plus immondes possible. Plus ça pue, plus c’est couvert de mouches, mieux c’est…et à Luanda, il y’a tout ce qu’il faut dans les rues pour faire son marché dégueu !

                            patapon_aux_poubelles_copie

Posté par ptiluc à 22:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]

27 décembre 2007

villa lixo

xoMoi les amis, je suis un super motard de la piste Africaine. Depuis que j’ai posé le pied à Kinshasa, j’ai fait zéro kilomètre la première semaine, deux mètres la seconde et quand même quelques kilomètres depuis deux jours ; il faut bien tester un peu le vieux cheval avant de le larguer sur la piste. Les fondus du pneu à crampons doivent commencer à se morfondre à suivre mon récit immobile, mais je dois dire que je fais d’excellents progrès en électricité moto et ce n’est pas négligeable quand on va voyager en saison des pluies… 

Luanda, comme bien des villes Africaines, continue de pleurer sur sa grandeur passée, à comment qu’ il y faisait bon vivre il y’a vingt ans, quand il n’y’ avait pas ces inextricables embouteillages ni les Moussékés partout entre les immeubles.

Les moussékés c’est tous ces bidonvilles qui ont poussés sur le moindre mètres carrés de libre quand les immenses campagnes du pays étaient vidées par cette guerre à la con que se livraient un demi million de Cubains assistés de l’armée soviétique contre les américains et les Suddafs …Je crois que tous ces gens-là ne savaient même plus pourquoi ils se battaient là, et surtout chez qui. C’était l’Est contre l’Ouest, comme d’hab, et pourquoi cet éternel antagonisme était venu traîner ici, ils avaient dû tous l’oublier. Enfin tout ça c’est du passé, mais les campagnes sont toujours vides et les moussékés plein à craquer. Puis ça doit grimper le centimètre carré sur trottoir,parce qu’ il y’en a qui se sont fait des mini maisons en carton et plastoc, ça prend pas de place entre deux tas de poubelles, puis ça doit filer un sacré moral d’avoir un chez soi qui a déjà la taille et la forme du cercueil auquel on aura jamais droit.

Demain au lever du jour, je reprends la route…

                                     villa_poubelle_copie

Posté par ptiluc à 16:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]

31 décembre 2007

trois jours de route et au lit

 On ze road, enfin…De Luanda à Gabela…

                       la_nouvelle_route_copie

C’est vrai qu’à force, on aurait pu ne plus y croire, et pourtant, on finit toujours par repartir, pour la suite du voyage, le retour au pays ou les pâturages sacrés de nos ancêtres, mais l’immobilité n’existant pas, on est bien obligés d’y aller.Ce matin du vingt huit décembre, Alain devait se lever à cinq heures pour son boulot, je me suis dit que j’allais en profiter pour faire la même chose et réussir à partir comme Appollo au boulot, très tôt avant les bouchons. Finalement, on a encore papoté comme des pipelettes et je n’ai décollé qu’a huit heures, pleine heure pourrie. Alain m’avait préparé un petit casse-dalle pour la route, comme une vraie maman, et moi comme un con, dans la fébrilité du départ, je l’ai oublié. En partant j’ai croisé le chien Patapon qui se roustait avec des potes. Il sera bien content de récupérer mon pique-nique, ça lui évitera au moins une fois de retourner fouiller les poubelles.

baobabsEt c’est le départ. Je repasse devant le quartier des bungalow d’où étrangement, je n’ai revu personne cette année, puis la Sagrada Familia, le rond point avec la statue d’un mec planté comme un con, mais c’est sûrement un grand héros, puis la Féria Popular, puis la statue d’un autre mec planté comme un con lui aussi, mais pire qu’il est, brandissant le volant de sa Mercedes…merco2puis des kilomètres de bouchons et de travaux. Malgré sa direction molle, ses freins pourris et son paquetage protubérant, la Béhème se faufile et je retrouve vite mes réflexes de circonstance. Il faut se glisser le long des véiculo longo pour éviter que les flics aient une envie subite de me contrôler. Comme les véiculo longo sont aussi vraiment des véiculo de traviolo, des fois, ça passe un peu juste. Bon, ça y’a pas coupé, il y’en a un qui a voulu se contrôler un petit blanc en bécane. Mais comme tant de fois, j’ai fait mine de rien et je suis passé. Comme un peu plus loin, il y’ en a un autre qui a voulu remettre ça, j’ai feint le dépassement et je me suis encore tiré. En même temps, je me disais que le premier avait peut-être lancé un appel radio et que je n’allais pas tarder à me retrouver avec tous les keufs d’Angola à mes trousses. Là dessus, vieux coup de flip. J’attends un peu le passage d’un gros semi porte-container et je me planque derrière pendant quinze bornes, jusqu’à Catete. La route, elle est super moche dans ce coin-là ; je ne perdais pas grand chose, bien planqué derrière mon gros bahut. Après, y’avait plus de contrôle…ah si, encore un, celui de la sortie de province avec barrière et tout. Mais là, j’ai profité qu’on ouvrait le passage pour un minibus en sens inverse pour me glisser en faisant un grand merci de la main. C’est un plan en béton, le grand merci de la main, ça passe toujours ! Après la route est plus étroite, super jolie avec des baobabs partout. On traverse des petits villages avec des femmes qui vendent des fruits et légumes, des hommes qui papotent en frimant, puis tout autour, des Caterpillar avec des chinois qui bossent comme des acharnés au terrassement de la future nouvelle route.motards___Quibala J’avais prévu de m’arrêter à Quibala…ça faisait trois cent cinquante bornes de route, c’était à l’embranchement de la route de Lobito, c’était parfait. Mais à part le petit resto où j’ai cassé la croûte, il n’ y’a rien dans ce bled informe, même pas d’essence, j’ai dû en acheter sur la marché parallèle au double du prix…bon, le double du prix, ça fait jamais qu’un Euros, alors on va pas s’énerver, mais j’ai continué la route quand même ; paysage_quibalal’envie de rouler était plus forte que tout, de me faire une rallonge de soixante dix bornes de goudron pourri de trous et de latérite défoncée. Avec cette route montagneuse plutôt genre sublime, je n’avais pas le moindre regret d’infliger à mon cul malingre deux heures de rab en selle tassée. Mes pensées commençaient à dériver au milieu des forêts d’eucalyptus, je pensais aux femmes qui m’avaient fait puis défait, qui m’avaient anéanti puis fait renaître. Je n’avais plus envie de m’arrêter. resto_quibala_copie

La route défoncée se faufile entre des empilements de rochers noirs plantés au milieu du vert tendre de la végétation des pluies ; quand je pense à tous ceux qui bossent à Luanda et qui ne viendront jamais ici, il y’a certaines choses qui m’échappent complètement. J’ai fini par m’arrêter à Gabela, une petite bourgade presque jolie. Dans mon hôtel discret, il n’y a pas d’électricité, mais par contre la boîte de nuit de l’autre côté de la rue doit avoir un très bon groupe électrogène…

bienvenue___Gabela

Vingt neuf décembre ; de Gabela à Benguela.

le_retour_du_march__copieCe matin, je me suis levé tôt, toute la petite ville était noyée dans la brume. Je me suis acheté deux trois bricoles dans la rue parce que si j’avais dû attendre un petit déj, je crois que j’y serais encore. Pendant que je grignotais mes achats frugaux, un mec de l’immigration est passé en pantoufles pour contrôler mon passeport, on a papoté un peu de mon voyage et tout ça et puis j’ai repris la route. Ils se formalisent moins qu’à l’arrivée à l’aéroport dans les collines. C’est joli la montagne, il y’a des nuages accrochés aux crêtes et des rivières tumultueuses. Puis la piste est un peu technique, ça replonge dans le bain. Mais après une soixantaine de bornes, on retrouve un goudron pourri dans La plaine. La route redescend vers la mer, il fait beaucoup plus chaud, ensuite à partir de Sumbe, ville poussière au bord de la mer, les chinois sont passés par là. Je me retrouve sur une route toute neuve. Avec mon pneu chinois sur une route chinoise, ça devrait rouler comme du velours. Mais je sens très vite que ce petit boudin-là n’aime pas trop les courbes toutes neuves. Son truc c’est la boue, et cette année, malgré tout ce qu’on m’avait dit, il fait vraiment plutôt sec.

lobito

Elle est chiante cette route toute neuve, y’a pas un pet d’ombre, me voilà parti pour tirer jusqu’à Lobito. Lobito et Benguela, on m’en avait souvent fait l’article en me vendant ça comme deux perles balnéaires délicieusement rétro. Je ne sais pas si je deviens blasé mais bon. Après deux cents bornes de goudron tout neuf mais quand même joliment décoré sur la fin par un arrière-plan de montagnes du plus bel effet , je croyais que la route allait plonger vers la mer dans le genre la forêt qui rejoint les vagues, mais ce n’est pas du tout ça. Après une sorte de petit col avant la descente, on se retrouve au milieu de collines complètement arides et poussiéreuses. Tout ça s’urbanise chaotiquement et se termine sur une sorte de Palavas les Flots un peu délabré . Bien sûr que la chaleur me donnait envie de me poser et à part un truc chicos au bout de la baie, il n’y avait pas l’ombre d’un hôtel ici, et putain, j’en avais bien besoin de l’ombre d’un hôtel. Après un poisson frit dégueu au bord d’une plage où des crétins en quad te niquent ton plaisir de pause tranquille, je me suis dit que je trouverais mieux à Benguela qui n’est que trente bornes plus loin. J’ai toujours assez bien méprisé les crétins en quad, les crétins en général, mais en quad peut-être un peu plus. Alain m’a raconté que pendant la guerre, les mecs de l’Unita de baladaient toujours en quad et quand ça se remettait à bastonner entre l’Unita et le MPLA, des fois il y’en avait un qui se faisait brûler vif attaché à son engin débile. Je sais pas s’ils faisaient ça pour me faire plaisir mais je n’en demandais pas tant.

Benguela c’est un peu plus grand, ça se la pète un peu plus, ça s’est construit une espèce de Promenade des Anglais , mais il n’y a pas des masses d’hôtels non plus. J’ai fini dans le modèle chic du coin, on m’a promis qu’il y avait Internet. Ah ben non, finalement, y’a pas Internet…ça me rappelle les hôtels en Roumanie où on nous proposait le choix entre piaule avec bain ou piaule avec douche, et il n’y avait même pas l’eau ; là y’a bien des ordinateurs mais y’a rien qui fonctionne ! Je vais boire un bière en ville et puis j’essaye de me connecter avec le satellite sur le toit de l’hôtel…C’est enfin le moment de sortir l’arme fatale. Mais putain j’y crois pas, ça connecte mais ça refuse d’envoyer le message. Je recommence plein de fois, ça m’éneeerve, putain je vais dormir tiens ! route_trou_e

Le trente décembre…

Ce matin, j’ai profité grave du buffet de petit déj. Il n’y a peut être pas Internet dans cet hôtel à la con mais pour les p’tits déjs, c’est bon, ils assurent et moi je me calle en prévision d’une étape costaud. Les chinois ne sont pas encore passés par la route de Huambo, c’est quatre cent bornes de pistes et on dirait qu’il va faire chaud. Il y’ a alternance perpétuelle entre bitume troué et piste bosselée. La route redevenue piste , c’est toujours plus fatigant qu’une vraie piste de latérite. C’est que une fois le goudron disparu, c’est les cailloux entassés dessous qui réapparaissent et c’est beaucoup moins confortable que la traditionnelle tôle ondulée qui se prend peinard à un bon quatre vingt bien enroulé. Ici on enroule rien du tout, il faut bien regarder parce que y’a des trous qui tapent dur. J’ai embarqué un stoppeur pendant une trentaine de bornes, un jeune bidasse qui n’arrêtait pas se s’agiter en me racontant des trucs en Portugais. J’y comprenais que dalle et cet abruti, en bougeant tout le temps il me broyait les couilles sur mon réservoir. autostoppeur_copieQuand je l’ai déposé devant son cantonnement, il a tenu à me présenter son chef et aussi à ce que je le photographie me faisant un beau salut militaire ; c’est là que j’ai vu que je n’avais plus de batterie. Il est tout nouveau mon appareil de Luanda, je n’ai pas encore vraiment pris le temps de lire la notice ! Arrivé à Balombo, toute petite ville tranquille, j’ai cherché un genre de resto où pendant que j’allais casser une petite croûte, j’aurais pu recharger cette pile à la con. Mais les petites villes, ici, ça n’a l’électricité que quand la nuit tombe alors j’ai juste bouffé en discutant le coup avec des bonnes sœurs espagnoles qui voulaient tout savoir de mon voyage. Je leur ai même fait une projection diapo avec mon ordi. J’espérais secrètement que dans leur base elles aient Internet avec le haut débit directement relié avec Dieu, mais bon, non, elles n’avaient pas ça du tout. Comme j’avais repéré un peu plus loin une ampoule allumée en plein jour, j’ai flairé le groupe électrogène et je me suis dit que là, il y’ aurait sûrement une prise électrique. Changement de décor ; on passe des bonnes sœurs aux grumeaux. Pour ceux qui ne savent pas encore ce qu’est le grumeau, je les invite prestement à aller relire mon premier blog, on y rencontre le grumeau au pays Dogon. L’œil rougeâtre, le propos incohérent, le regard veule et avachi, on ne peut pas louper le grumeau, au premier coup d’œil on est fixé. mon__garde_du_corps_copieJ’étais bon pour payer quelques bières pendant l’heure nécessaire au rechargement de la batterie. Encore une fois, quelques caricatures ont considérablement apaisé l’ambiance. Au milieu de tout ça, il y’avait le pire modèle disponible en rayon, le grumeau flic. Celui-là, avec ses raybane à deux balles, il avait envie de faire chier. Heureusement, il y’ avait laussi un mec genre colossal, qui m’aimait plutôt bien. J’avais dû bien réussir son dessin. On rencontre de ces mecs, des fois, on dirait qu’ils ne sont pas à la même échelle, des trucs gigantesques que même à côté, Dany, notre John Wayne de la BD, on dirait vaguement une sorte de nain, un schtroumpf…Enfin, mon ami colosse, il a bien géré les autres, et j’ai pu repartir tranquille. J’aurais presque dû faire étape là, il était déjà trois heures bien tassées, mais je ne le sentais pas ce bled, les marques que j’ avais posées n’étaient pas nettes, alors je suis reparti zigzaguer sur la piste. Partout, c’est un paysage de grandes collines vertes à perte de vue puis on rejoint la route principale qui relie Luanda au sud du pays . Il y’ avait un contrôle ; pour une fois, je me suis arrêté. Ils ont commencé en roulant des mécaniques puis quand je leur ai dit que je venais de France, ça les a bluffé et on a fait potes direct. A partir d’ici, les chinois on commencé le terrassement de la future nouvelle route. Une route en terrassement, c’est encore un autre genre de piste, pas de trous, on peut se faire des petites accélérations qui chassent les cailloux, mais c’est dans un environnement super moche. Au milieu des Caterpillar et des talus en constructions, ça le fait moyen. J’avais de plus en plus l’impression que j’allais arriver à Huambo avec la nuit et encore galérer pour trouver une piaule. Du coup, je me suis acheté des bananes et des ananas au bord du chemin puis j’ai pris un piste perpendiculaire au hasard et, comme un boy scout, je suis allé planter ma tente au milieu de la brousse. Et là peinard, je peux taper ma petite chronique avec des milliers de chants de grillons comme musique de fond…pas de compresseur, pas de clim pourrie mais pour trouver une connexion Internet ce soir, ça risque de ne pas être totalement évident …Putain de satellite! toit_d_hotel_copieLe trente et un…Lever à l’aube…C’est normal quand on passe la nuit dans les broussailles. Le ciel est un peu couvert, ça caille légèrement, je marche un peu pour me dégourdir les guibolles, un peu plus loin je tombe sur un gros terrier. Si c’est une tanière de hyène, elle doit être inhabitée sinon j’aurais sans doute eu des visites pas cools en pleine nuit. Je recharge la bécane pour une mini étape de trente bornes. A Huambo, je trouve déjà un endroit où m’enfiler trois cafés et une grosse part de cake encore tiède, on m’indique où il y’a un cybercafé et un hôtel…c’est un bon endroit où passer la journée…

                     paysages_de_montagnes

Passez donc un bon réveillon, moi je vais me reposer un peu ...

Posté par ptiluc à 11:38 - Commentaires [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »