03 janvier 2008
de Huambo a Lubango
Premier jour de l’année deux mille huit… Huambo n’est pas une ville terriblement passionnante, une seule nuit m’y suffira très bien, surtout que j’aime pas ça les piaules avec juste une toute petite fenêtre genre soupirail au ras de plafond, et au tarif angolais, autant chaque jour essayer autre chose. Je suis arrivé à huit heures ce matin, je repartirai à huit heures demain, c’est bon, c’est amorti, je pourrai reprendre la route reposé, j’en avais sacrément besoin. A Huambo, on a, comme partout dans ce pays, des immeubles soviétiques très moches et des maisons portugaises un peu délabrées. Les plus prestigieuses et les officielles ont été replâtrées de neuf quant à tout le reste, c’est bizarre. Il y’a un tas d’immeubles constellés de petites cicatrices comme on a des fois quand on s’est tapé de l’acné un peu virulent pendant l’adolescence. L’acné de Huambo c’était la guerre, et la guerre ça laisse toujours des cicatrices. A cause de la fechtas de nouvel an, y’avait pas de petit déj avant neuf heures du mat, j’avais le choix entre partir le ventre vide pour sauver la moyenne ou démarrer un peu plus tard, l’estomac gavé avant d’attaquer les quatre cents bornes jusqu’à Lubango Au départ, il y’a vingt bornes de route toute neuve, et le motard voyageur qui ne sait jamais vraiment ce qu’il est venu chercher ici, se dit que merde, quoi, putain ça ne va pas du tout, il se préparait à affronter les pistes les plus terribles d’Afrique et les Chinois ont tout transformé en super route. Et subitement, voilà qu’on se retrouve sur de la piste pure et dure et le motard qui ne sait toujours pas ce qu’il est venu faire ici, il se dit que non, quoi, si ça continue comme ça, il va mettre un temps fou à sortir de pays. En même temps qu’est ce qu’on en a à foutre, on est pas obligé de se les taper d’un coup les quatre cents bornes entre Huambo et Lubango.
Finalement t’en voulais de la piste, et bien là, t’en as une vraie de vraie. Le goudron en phase terminale, ça reste décidément ce qu’il y’ a de pire avec ces trous aux angles coupants si redoutables pour les pneus. Tout le long, il y’a toujours un petite passage étroit et plutôt onctueux fabriqué par les motos et les vélos et bien pratiques pour les grosses bécanes. En plus, cette fois-ci, il y’a une piste parallèle, tantôt sableuse, tantôt boueuse mais toujours en liaison avec la première ; trois pistes pour le prix d’une, on ne peut pas rêver mieux. Si…On pourrait imaginer qu’il se mette à pleuvoir, d’ailleurs, il s’est mis à pleuvoir.
Au kilomètre cent quatre vingt , il y’a l’unique petite ville du coin, ça s’appelle Caconda, et c’est là qu’il faudra s’arrêter. Evidemment, à cause de la fiestach tout est fermé, hôtel, resto, que des portes closes. Dans ces cas-là , il suffit de faire comme les pêcheurs à la ligne, il faut attendre que ça morde ; avec la moto comme appât, ça mord toujours. Une petite moto chinoise Kawazeke avec deux mecs dessus. Après m’avoir guidé dans la ville à la recherche d’une autre pensâo qui serait ouverte, ils me disent d’attendre un peu. Comme il pleut, je ne me fais pas prier. Cinq minutes après, les voilà qui rappliquent tout content de m’avoir dégotté une piaule. C’est derrière un bar à l’entrée de la ville. Devant il y’ a plein de mômes et de petites motos et dedans une sono qui crache à donf une improbable version portugaise du « téléphone pleure » de Claude François. La patronne est une espèce de tigresse montée sur échasses mauves, mais comme elle roule en 125 Léopard, elle n’est pas du tout indifférente au charme brinquebalant mon vieux cheval. Il y’a toujours comme une giganteque angoisse quand on prête sa bécane à quelqu’un qu’on ne connaît pas.
Et elle a eu tellement de mal à passer la première avec ses pompes à la con, que j’appréhendais grave de faire une grosse connerie . Quand elle est revenue, Doucha, j’avais eu le temps de caricaturer tous les mômes du coin et même d’essayer la 125 Léopard, petit mono chinois à vitesses inversées. Mais maintenant, je fais partie de la famille, j’ai mangé le funje à la maison avec les deux mômes et le pote grumeau…Eh oui, elle a un pote grumeau, Doucha, c’est normal, il n’y a que dans les romans que ça se passe autrement, et mon voyage ce n’est pas un roman et puis je ne crois pas que c’est ici que j’aurais eu envie de finir ma vie…
Deuxième jour de l’année… Il a plu toute la nuit et une bonne partie de la journée. Je suis resté à Caconda. Après tout ici, je suis déjà en famille. On mange le funje en regardant des films de Vandamme, et je suis obligé de bien surveiller ma piaule parce qu’il y’a ici une bande d’enfants redoutables dont le chef et le pire de tous est le fils de la taulière motocycliste. Yoyo est fasciné par tout ce que contiennent mes bagages et ce matin, il y’ a eu comme un court moment de panique quand j’en ai trouvé un qui essayait d’allumer l’ordinateur, un autre de faire des photos, le troisième était parti avec mon casque sur la tête et mon pneu de secours était devenu une sorte de jouet à faire rouler dans la pente de la rue.
Il y’a juste le casque que j’ai récupéré beaucoup plus tard parce que, visiblement le petit qui l’avait vissé sur sa tête avait plus ou moins l’intention de terminer sa vie avec. Je crois qu’à un moment donné, il a aussi servi de ballon de foot mais dans l’état où il est , ce n’est pas bien important. J’ai très vite compris qu’il fallait que je gère mieux la clé du cadenas pour que la journée puisse être une vraie journée de repos et pas une bataille rangée contre une meute de monstre de moins de sept ans. Je ne sais pas dans quel état sera la route demain…on verra bien… Je crois que ça devrait être le mot d’ordre de tout voyage… On verra bien demain… Et c’est vrai que demain est toujours un autre jour… Hier soir tard, quand j’ai voulu la rentrer sous l’appentis à cause de l’orage qui grondait encore, le démarreur a recommencé à merder, il a eu ce sifflement si inquiétant qui annonce toujours une issue fatale, puis il est reparti, mais super timidement …en plus en la rangeant bien comme il faut voilà que la soudure de béquille faite à Luanda avant de partir pète d’un seul coup ! Putain c’est quoi encore cette avalanche de tuiles sur la gueule. Il doit y’ avoir plein de lecteurs nostalgiques de mes galères de l’an dernier qui me jettent des sort par internet. Je ne peux pas leur en vouloir, moi aussi quand je regarde la formule1, tout ce qui m’intéresse c’est quand les bagnoles s’explosent; mais bon, je ne regarde jamais la formule1 en vrai, le zapping est bien suffisant pour voir ces crétins payés des milliards s ‘exploser dans leurs fusées à roulettes!
J’ai super mal dormi, évidemment, j’imaginais tous les scénarios possible. Je me disais que le plus sage serait sans doute de remonter jusqu’à Huambo où je pourrais appeler Alain qui aurait eu une combine par Zorro Jacquot, pour me faire parvenir un démarreur. Comme il y’a un aéroport à Huambo, ça pouvait peut être aller vite et en cas de galère ultime, je pouvais toujours prendre un vol pour Luanda, histoire d’aller chercher la pièce ou rentre via Kin si j’en avais vraiment plein le cul…ça broyait du noir hier soir. Pour m’endormir, je me suis dit que si le démarreur fonctionnait le matin, je continuais et sinon, je démarrais à la poussette et je remontais…il a démarré.
A six heures et demi la béquille était ressoudée. Il me restait à faire mes adieux à toute la famille.
A Doucha, à sa petite sœur Stella qui est très mignonne et très courtisée. Rien qu’hier soir pendant que je regardais pour la deuxième fois les « Quqtre Fantastiques» en espagnol sous-titré en portugais, il y’en a deux qui sont venus lui faire des déclarations. Le premier en costard, a entonné une interminable chanson d’amour avec un regard vitreux rivé au plafond. Elle avait l’air super emmerdée, la pauvre. Le second est arrivé pendant qu’on essayait de converser à coup de dictionnaire et de bribes d’Anglais. Il n’avait pas l’ai content du tout et a commencé à vitupérer contre ces gens qui veulent toujours parler d’autres langues que le Portugais , le Lingala ou encore une autre mais je sais plus…elle va avoir bien du mal a trouver le bon prétendant, Stella , et je pensais qu’elle était comme une Méryl Streep angolaise qui allait foirer sa vie sur la route de Lubango, et qu’il faudra qu’un jour passe son Clint Eastwood…Moi, je me suis toujours dit que je vieillirais bien comme Clint Eastwood où que je mourrais avant… Mais je pensais aussi à mon démarreur et ma béquille et qu’il fallait que je sache dans quel sens j’allais reprendre la route et que je ferais mon Clint Eastwood une autre fois… Le pote à Doucha m’a escorté jusqu’à une bifurcation dix bornes plus loin par où il avait l’air de me dire qu’il fallait passer pour éviter je n’ai pas trop compris quoi, parce que je ne suis pas doué pour les langues. On s’est tapé deux passages à gué dont un super flippant avec juste une espèce de poutre en béton en guise de pont et quand il m’a laissé à l’embranchement, je m’attendais à tout pour la
suite. Après cinquante bornes de piste un peu sportive, j’ai retrouvé une latérite bien roulante et puis un bitume tout neuf pour l’arrivée à Lubango, ce qui n’était pas plus mal parce que quand on a un démarreur promis à une mort certaine, il vaut mieux ne pas s’arrêter. Lubango est une petite ville de collines, ce qui est très bien pour démarrer en poussant. A peine arrêté à la station pour le rituel du plein de gazolina, un motard du coin m’a accosté pour m’aider à
trouver un hôtel et un cyber-café…finalement tout s’enchaîne bien commeil faut que j’trouve…
07 janvier 2008
de Xangongo a Etosha
Xangongo, le quatre janvier
Dans l’unique Pensao de la ville, le groupe électrogène fait tellement de bruit que les murs de la piaule en vibrent. Si l’Angola vit ses soirées au rythme des groupes électrogènes, on peut dire qu’ici c’est du super vivant…mais vu comme ça, ça ne se voit pas vraiment. Depuis Lubango jusqu’ici, on descend des plateaux pour arriver dans une interminable plaine suffocante. Le long de la large piste de tôle ondulée, la tendance est au Sahélien; acacias épineux, baobabs et herbes sèches sur sol sablonneux. Dans le coin, le baobab se porte en extra large, à la mode sahélienne, je vous dis.
Alain m’avait signalé que quelque part sur la route, je tomberais sur un arbre gigantesque, il ne savait plus où, mais je ne pouvais pas le rater, qu’il m’avait bien dit. De fait, on ne peut pas.
En dessous de ses frondaisons qui peuvent abriter une bonne partie de la population du village et le cheptel bovin, j’ai longuement discuté avec quelques petits gars du coin. De la guerre, de la route, de l’école sans livres, de la poste qui n’arrive pas jusque-là puis des touristes Suddafs qui photographient l’arbre, mais ne descendent même pas de la bagnole. Je leur ai dit que c’était le plus bel arbre du pays, qu’il avait mille fois plus d’allure que le Jésus planté de Lubango et que s’ils ouvraient un bistrot pour quand la route serait construite, il y’ en aurait plein qui s’arrêteraient des touristes. En disant ça, je me disais aussi que je ferais sans doute mieux de fermer ma gueule, parce que tout le monde sait ce que ça fout comme bordel, des touristes, quand ça commence à rappliquer.
À la pause bistrot suivante j’ai repété ma béquille, les soudures angolaises ont la vie de plus en plus courte. Puis quelques kilomètres plus loin dans une enfilade de trous en pleine brousse, j’ai perdu une valoche. T’as pas l’air con, là, sans béquille. J’ai d’abord décroché l’autre valise pour appuyer la moto dessus. C’était pas super évident parce qu’il fallait en même temps tenir la bécane et accéder au verrouillage de la valoche qui est bien sûr, super dur d’accès et complètement à l’arrière. Quand j’ai eu fini de ramasser tout ce qui était éparpillé sur la piste, je me suis demandé comment j’allais arriver à refixer la valise qui tenait la moto sans tout vautrer. Tous les voyageurs savent très bien que n’importe où, même dans le désert, quand on s’ y attend le moins, il y’a toujours quelqu’un qui débarque. Là, ils étaient deux. En plus, à cause de cette histoire de démarreur, je venais de regarder un peu avant dans le dico comment on demandait de l’aide à quelqu’un. C’est « ajudar », le mot, et là je pouvais déjà passer aux travaux pratiques. Ils m’ont tenu la bécane et n’ont même pas eu à pousser pour redémarrer, ce coup-là le démarreur a fonctionné.
Arrivé à Xangongo, j’ai tout de suite trouvé un atelier de soudure, comme ça le lendemain, il y’aura moyen de partir à l’aube.
De Xangongo à Etosha
Il me restait cent cinquante bornes de pistes avant la frontière et mon arrière-train était un peu reposé. Il y’a super longtemps, mon pote Yvan, le macrobate, avait commencé à m’apprendre à monter à cheval sur le vieux Coco, un canasson efflanqué mais très discipliné. À la fin d’une journée de trot pas enlevé du tout, je me souviens bien que je m’étais retrouvé avec deux durillons en bas du cul…et bien là, c’est pareil ; la tôle ondulée, après quelques heures, il faut songer à se la faire en trot enlevé, sinon je te raconte pas les dégâts aux fesses!
Il faut aussi apprendre à jouer avec le vent. C’est important quand on croise un camion ou qu’on se fait doubler par un quat’quat qui veut pas foirer sa moyenne. Si on n’a pas saisi où va le vent, on peut se taper un paquet de kilomètres dans les nuages de poussière des autres. Il y’a toujours un sens par où la poussière s’échappe et quand la piste est large, il vaut mieux rouler du mauvais côté que de bouffer du sable toute la journée. Comme en plus, une fois franchie la frontière, il faudra y rouler du mauvais côté, autant s’ être un peu habitué avant.
Certains vous diront sans doute qu’il n’y a pas de raison pour que ça soit l’autre qui ait tort, mais bon, encore une fois chacun détient sa vérité et celle-là a le mérite de ne faire de tort à personne.
La sortie d’Angola se passe sans problème. C’est incroyablement étonnant comment un pays où le visa est aussi compliqué à obtenir, soit aussi facilement franchissable par la route. Côté Namibien, c’est plus tatillon. Le flic de l’immigration tient vraiment à savoir combien de jours je compte rester, ce qui est assez débile puisque le visa est gratuit. Arrivé à la douane, la charmante mais néanmoins parfaitement stupide fonctionnaire ,n ‘arrivait pas à comprendre que je puisse sortir du pays par un autre côté. Il a même fallu l’intervention de son collègue pour qu’elle puisse admettre que c’était possible.
Et après toute cette récréation c’est trois cent bornes de ligne droite à travers un paysage semi désertique parfaitement désolé. La route est bonne et terriblement ennuyeuse, il n’y a plus de trous ni de tanks cassés au bord de la route. Un vent brûlant souffle latéralement ; mais où est donc passée la saison des pluies ?
Je me suis arrêté dans un Lodge genre de luxe à l’entrée du parc d’Etosha. Pas de groupe électrogène, pas de clim bruyante, une piscine avec des antilopes et une girafe qui broutent juste à côté, tout ça sent le vrai, bon et total repos bien mérité…
Le lendemain, c’est l’étape de la mort ; huit kilomètres d’un Lodge à l’autre, y’ a la moyenne qui va morfler c’est sûr. Ici c’est moins luxe, mais la constante Lodge est un peu toujours la même. Des petites maisons à toit de chaume, rondes ou carrées, au milieu des arbres et des pelouses, un bar et un resto à toit de chaume aussi, sur pilotis, accrochés aux arbres ou entre les rochers et des petites allées tortueuses d’une case à l’autre. Le monde du Lodge, c’est un décor comme on les aime quand on est môme, un petit village de lutins entouré de la nature sauvage, entouré finalement d’une autre image d’enfance, celle du pays des bêtes suvages. Cette Afrique qu’on a tous en mémoire et qu’on oublie complètement quand on traverse par la route, tant cette Afrique-là, il faut bien reconnaître qu’elle n’existe plus. Évidemment, on ne rencontre ici que des touristes rougeauds et bedonnants venus des quatre coins du monde civifriqué, à la recherche du monde perdu de leurs vieux livres d’aventure ; mais de préférence avec un bar bien équipé, un resto avec tout ce qu’il faut et une piaule super climatisée pour pouvoir dormir sous une couette, parce qu’il est hors de question de suer sous un ventilateur. 
J’ai voulu faire l’appoint d’huile, ils m’ont amené un gros bidon et c’est seulement après avoir fait le niveau que je me suis rendu comte que c’était de l’huile de boîte. Je ne sais pas vraiment ce que ça fait de rouler avec une huile à la viscosité maximum. Dans le doute, j’ai fait la vidange et un p’tit gars bien gentil est allé me chercher deux litres dans le Lodge où j’étais le matin ; il a même voulu me la mettre dans le moulin mais comme la bouteille était bien remplie, je me retrouve avec un niveau d’huile plutôt supérieur à la moyenne. Je ne sais pas trop si c’est mieux d’avoir trop d’huile que pas assez, mais au moins cette fois-ci, ce n’est pas de l’huile de boîte. Et demain, bien sûr, sera un autre jour.
09 janvier 2008
les sepents et les meteores
Quand je suis arrivé à Grootfontein et que j’ai cherché à savoir où il y’avait moyen de dormir. Tout le monde voulait m’envoyer dans des Lodges. J’ai eu un mal de chien à arriver à savoir où ils allaient dormir, les gens, quand ils n’habitaient pas le bled mais n’étaient pas non plus des touristes tout rouges en quat’quat de location avec pare buffle de la mort. J’ai fini par me retyrouver dans une espèce de centre aéré presqu’aussi déglingué que la Féria Popular de Luanda, avec ses trois piscines en ruines. Une grande avec un super plongeoir géant tout rouillé, une moyenne avec un beau toboggan effondré et une petite avec rien qui devaient servir à tremper les mômes ou les pieds selon son envie.À côté, il y’a un bar resto genre ginguette années trente en gros moellons rejointoyés, avec tonnelles et jolie terrasse et puis surtout des vieux arbres partout, des flamboyants en fleurs, des oliviers, des conifères, un incroyable melting pôt botanique et au milieu de tout ça de délicieusement infâmes petits bungalow verts fluo avec volets bleus et toit en tôles rouges pétard. Ici, plus question de manger de l’autruche grillée ou du rôti d’oryx aux airelles, ici c’est saucisses-frites et elle est tellement live cette chronique que je suis en train de foutre du gras plein mon clavier. Ce matin, j’avais dans l’idée de traîner un peu chez les riches pour bosser confortablement avant de reprendre la route, et puis je ne sais pas, je ne me sentais pas raccord au milieu de tous ce monde, alors j’ai préféré m’en aller.
Quand on roule au petit matin, c’est là qu’on croise le plus de bestioles. Avant de rejoindre la route principale, j’ai délogés quelques zèbres et gazelles, coursé des phacochères mais je n’ai pas croisé de lions.
La veille, quand on est rentré d’avoir été chercher les deux litres d’huile, on a croisé un groupe de lionnes qui roupillait un peu avant l’entrée de l’hôtel, et je dois bien avouer que j’appréhendais un peu de les recroiser à moto. Personne n’a jamais pu me dire comment les bêtes sauvages percevaient les motos. Avec les bagnoles, on sait depuis longtemps qu’elles n’ont pas vraiment fait le rapprochement avec les humains qu’il y’a dedans. Savoir comment les lions perçoivent les motos c’est comme savoir si le motard attire la foudre, c’est des choses pour lesquelles quand on a vraiment l’explication, et bien c’est trop tard…
bon, ce matin,les lions étaient allés voir ailleurs, je n’ai donc pas la réponse mais au moins je suis toujours là ! Dans le genre histoire d’animaux à la con, j’en ai une autre. Avant hier, quand j’étais dans le premier Lodge, je suis allé visiter leur petit zoo de reptiles. Les bestioles sont dans des petites maisons et on les mate à travers des grandes vitres. Mais quand on passe par derrière, là où n’est autorisé que le personnel, il y’a un grillage. Comme le cobra rayé de Namibie était tout au fond contre le grillage, et que j’étais tout seul dans le mini zoo, j’ai voulu aller le voir de plus près. Il a reculé un peu , puis il a gonflé son cou comme dans Tintin. Ce que je ne savais pas c’est que ces bestioles-là, ça t’envoie du venin dans la gueule à distance. J’ai un peu eu l’impression d’embrasser des orties, là, tout d’un coup. Je rois que c’est surtout dangereux quand ça touche les yeux, mais bon, je me sentais pas fier en rentrant à ma piaule et en me demandant s’il allait se passe quelque-chose ou pas
…finalement, j’ai connu des piments plus redoutables, mais sur le coup, je ne faisais pas le malin, je vous jure ! Un peu avant Grootfontein, il y’a un panneau qui indique « Météorite ». Comme j’avais le temps, j’ai été jeter un coup d’œil. J’avais entendu dire que c’était le truc à visiter dans le coin, alors dans ma tête, j’avais déjà imaginé un truc gigantesque à demi enfoncé dans le sable, un rocher que rien que de m’en approcher j’allais être transformé en mutant, en cinquième « Fantastique ».
Arrivé devant l’entrée, j’ai eu comme un doute. Il était parfaitement impossible que là, derrière ce petit mur, il y’ait un de ces trucs cosmiques qui ont fait disparaître les dinosaures. J’ai maté vite fait les cartes postales et quand j’ai vu que ce caillou ne mesurait que trois mètres sur un, j’ai rebroussé chemin dégoûté. Je m’en fous moi de savoir que c’est que du métal pur, du nickel, de cobalt et du iron. Je ne sais même pas ce que c’est le iron. Il faut dire que mon anglais géologique est assez limité.
le couloir de Caprivi
Le jour suivant, je ne sais même plus c’est quoi la date, mais bon, je me suis tapé cinq cent bornes de route toute droite avec toujours le même paysage de savane arbustive à la con.
A mi chemin, il y’avait quand même une ville. Rundu que ça s’appelle, on est juste avant le couloir de Caprivi, cette fine tranche de Namibie qui longe le sud de l’Angola jusqu’à la frontière de Zambie et qui pendant toute la durée de la guerre servait de base arrière à l’Unita et était bien sur, une région totalement infréquentable. Depuis tout s’est calmé, la route à été goudronnée mais cette languette de Namibie reste un pays à part. Alors que tout le reste du pays ressemble plutôt à l’Afrique du sud, dont d’ailleurs il fit partie après que cette colonie allemande fut confisquée en 1918, la bande de Caprivi, elle, semble être comme une zone d’Afrique noire un peu abandonnée par le reste du pays. La limite entre les deux c’est Rundu.
Ici on a l’architecture urbaine d’une petite ville américaine, un enfilade de supermarchés, de station services et de commerces divers et puis quelques pavillons en bois ; le genre de patelin que d’ici jusqu’au Cap, on rencontre sur tout le voyage. Mais Rundu semble comme abandonnée, il y règne une ambiance légèrement chaotique qui laisse à supposer que le couloir de Caprivi n’a pas eu le même parcours que le reste du pays. Pendant cette longue étape monotone, je me la suis jouée motard, j’ai viré mes tongues, j’ai mis le blouson, et j’ai tracé à cent trente, cent quarante tout le long. Je me disais que ma béhème quand même, à l’aube de ses cent quarante mille bornes, qu’est ce qu’elle tourne bien. C’est quand j’ai passé la réserve que je me suis rendu compte qu’elle avait bouffé du neuf litres aux cent cette vieille carne. Demain, je ralenti la cadence et je remets les tongues, finalement, c’est ça mon truc…
À Rundu, j’ai changé quelques dollars à la banque. À l’intérieur de la banque, il y’a autant de monde que dans la rue. Devant moi, il y’avait deux mecs qui amenaient deux sacs à dos de pièces de monnaies, j’ai réussi à changer de file, mais je crois que là, à la tombée de la nuit, l’impassible petit guichetier doit encore être en train de compter.
10 janvier 2008
a Livingstone, i presume...
Des bords du fleuve Okavango où j’ai passé la nuit dans un bungalow peinard, jusqu’aux chutes Victoria, on longe le delta du même Okavango. C’est dans ce coin qu’il y’a le plus d’éléphants sur ce continent. Normalement, on doit en croiser plein sur la route, même que y’a un grand panneau tous les dix kilomètres pendant cent cinquante bornes qui te dit de faire vachement gaffe . Moi j’ai vu que des crottes, mais alors plein que j’en ai vu et des balèzes. Même Tibet, il en a jamais fait pas des comme ça après qu’on lui ait débouché l’intestin ! Peut être que si j’étais passé deux heures plus tôt j’en aurais croisé plein des éléphants, mais j’ai préféré rester dans mon bungalow, écouter les oiseaux se faire péter les cordes vocales. Puis il y’avait une douane à franchir. Elle est marrante cette douane, quand tu rentres en Zambie tu arrives à une intersection ; à gauche c’est la douane et à droite la route de Victoria Falls. Si tu veux tourner à droite directement , il n’y a personne pour t’en empêcher sauf qu’à la sortie ce sera peut être plus compliqué . Il y’avait des tas de petites taxes à la con à payer mais finalement, ils étaient plutôt peinards ces douaniers-là. Il a dû vraiment beaucoup pleuvoir ici, des deux côtés de la route la forêt a les pieds dans l’eau et là, vraiment, je ne regrette pas l’ancienne piste.
Arrivé à Livingstone, j’ai d’abord cherché la petite auberge où j’avais fait escale il y’a six ans, on y parlait le français, ça m’aurait un peu reposé. Après une rapide enquête, j’ai appris qu’ils étaient partis en Australie, je me suis donc échoué dans une espèce d’hôtel baba avec des bungalow rigolos, des dortoirs et un coin camping. On y croise des groupes de jeunes crétins venus faire du rafting des routards babas et des soldats indiens de l’ONU. Ils sont sur la route du Congo.
Un peu comme moi, c’est ce qui m’inquiétait. Mais ils m’ont bien vite rassuré, il n’y a pas la guerre à Lubumbashi ; pas contre un peu plus au nord, c’est nettement plus compliqué, mais un peu plus au nord, je ne compte pas y aller avant l’année prochaine. Livingstone c’est une sorte de boucle bouclée, on y’ trouve le début et l’aboutissement de la présence des blancs en Afrique. La ville porte le nom et les traces du fameux docteur, oui, vous avez bien présumé. Avec les chutes Victoria, que découvrit le docteur, il y’a seulement un bon siècle, et à qui il donna le nom de son principal sponsor, le coin attire un monde fou. Rafteurs, kayackeurs, grimpeurs, élastiqueurs, surfeurs sur rapides et puis les habituels safaris en avion, en hélico et en quat’quat ; y’a tout ce qu’il faut ici pour attirer le grumeau en masse. Avec en plus le Zimbabwe en ruine juste à côté, ça
n’arrange rien. Bizarrement , le grumeau est absent du Jollyboys Backpakker où je me repose avec assiduité. Je cause peinard avec les soldats indiens , assis sur des coussins dans la grande paillote centrale, je gribouille et je suis quand même retourné voir les chutes. Comme j’avais vu le côté Zambien il y’a six ans et le Zimbabwéen, il y’a quatre, j’ai choisi le milieu. Après une subtile négociation avec la police des frontières, ils m’ont laissé aller sur le pont qui relie les deux rives en face des chutes. Puis j’ai traîné un peu à mater les babouins insolents qui se baladent partout, même dans les bureaux et qui sont incontestablement les vrais rois de la frontière. 
12 janvier 2008
le retour du pneu de la mort qui tue...
La route de Livingstone à Lusaka s’étire pendant presque cinq cents kilomètres de campagnes verdoyantes et légèrement vallonnées. Au début, elle est pas mal défoncée, ça occupe un peu , après, presque, on s’endormirait. J’avais prévu de faire ça en deux étapes, de me trouver une petite piaule au deux tiers du trajet, d’y travailler un peu et d’arriver à peu près frais à l’Alliance Française le lendemain matin. Il pleut beaucoup ici. En Angola et en Namibie, on se plaignait du manque de flotte…ici non. Il paraît même que c’est une année record. Je me tape trois ou quatre grosses saucées, puis je sèche, puis je me remouille. L’eau qui tombe brutalement sur le goudron chaud, ça crée des étranges volutes de vapeur qui donneraient presque l’impression que la route se consume. Et moi avec elle…
Heureusement l’imprévu survient toujours avant la consumation. La moto commence à godiller bizarrement, un peu comme dans du sable mou, ça sent le retour du problème de pneu. J’imagine déjà le lecteur narquois prêt à ironiser sur que, oui, bon, voilà, avec mon pneu chinois posé à la hâte l’année dernière et bien je l’avais bien cherchée ma crevaison. Pourtant, non, à peine sorti de l’Angola, j’ai pensé à remettre mon ancien pneu presque usé que je gardais en cas de défaillance du petit chinois. Je me disais que je l’achèverais pendant deux mille bornes de bitume et qu’après, pour retrouver la piste au Mozambique, je ferais l’opération inverse pour pouvoir affronter une éventualité boueuse avec des tétines à peu près en bon état. Tout ça me semblait puissamment raisonné, voire étonnamment tactique, pour quelqu’un comme moi. Mais les choses ne se déroulent jamais comme prévu.
Mon ancien pneu, c’est un Michelin Désert qu’il s’appelle, le Michelin Désert est au pneu ce que le tank est à la Renault Twingo, mais je sais très bien pour en avoir vu plein des explosés sur la route du sud de l’Angola que le tank n’est pas infaillible. Normalement, quand on crève avec un pneu comme ça, il y’a toujours moyen de rouler doucement jusqu’à la prochaine agglomération pour y trouver un pro du démonte pneu comme on n’ en croise que sur ce continent. J’ai fait ça plein de fois. Je continuais donc mon chemin tranquille et confiant, bloqué sur un bon petit quarante à l’heure, le nez au vent ; mais cette fois-ci, ce ne fut pas comme d’habitude… Le pneu a fini par s’ouvrir en deux et je me suis échoué comme j’ai pu dans le premier village. L’attroupement habituel s’est très vite constitué, et bien sûr, on y trouvait un nombre impressionnant de spécialistes du démontage de pneu. Dans ces cas-là, même si un doute profond s’installe très vite, autant laisser faire le destin . À voir comment ces spécialistes zélés se sont acharnés, il semblait évident que le bilan final de l’étape du regonflage risquait d’être plutôt désastreux. Je n’osais imaginer l’état de ma chambre à air de secours, après le déchaînement au burin sur démonte pneu auquel je venais d’assister. Finalement un des spécialistes est parti en taxi avec ma roue pour aller en consulter un autre à la ville voisine. Je lui ai filé des sous, je ne sais pas vraiment combien parce que le billet de banque Zambien c’est quelque chose de très spécial ; ça va du cinq cent Kwachas qui correspond à rien du tout au cinquante mille qui vaut beaucoup plus mais je ne sais pas combien. Tous ces biftons ont vaguement la même taille et la même couleur et sont souvent défraîchis jusqu’à l’illisible, surtout que le crépuscule était tombé brutalement. Il m’en restait néanmoins suffisamment pour offrir quelques coups à boire à ces innombrables spécialistes.
Au milieu de la bande, il y’avait un petit monsieur timide, professeur de son état, qui m’a proposé de passer la nuit dans sa modeste case en béton sur les hauteurs du village. Le temps que ma roue revienne de son voyage en solitaire, j’ai eu largement le temps d’installer ma couche rudimentaire chez Moïse et son pote Eugène. Jeunes disciples de je ne sais plus quelle secte adventiste américaine, ils ont commencé à me brancher sur Jésus, la trinité et tout le bordel, ce qui déjà avait le mérite de m’éviter les éternelles questions sur le contenu de mon réservoir et la valeur de ma bécane. J’ai pu, dans un Anglais rudimentaire, leur exposer consciencieusement ma version panthéiste du grand bazar mystique. Entre-temps, ma roue était revenue de vacance, on l’a remontée à la lampe de poche ensuite tout le monde est allé se coucher. Le lendemain, après un copieux plat de riz au pudding, j’ai repris la route après que mes hôtes m’aient chaleureusement remercié pour notre conversation de la veille.
Tiens, si je reviens dans le coin, je lancerai peut-être une nouvelle secte, j’ai déjà deux disciples, c’est plutôt bien parti…
13 janvier 2008
Le treizième jour de l’année…
Aujourd’hui, il pleut. Euphémisme…Aujourd’hui le ciel carrément s’effondre sur nos têtes. Ce serait arrivé hier ou avant hier, j’aurais un peu fait la gueule. Mais aujourd’hui je suis peinard chez Jean-Luc, le jeune directeur de l’Alliance Française. On papote, on bouquine, on fait la lessive. Il héberge Tsungaï, un Zimbabwéen qui écrit des vaudevilles en français. On refait le monde. Enfin, surtout on refait l’Afrique, et c’est déjà du boulot. Pendant ce temps, tranquillement, la piscine se remplit et la rue se transforme en fleuve…
16 janvier 2008
la suite
Lundi, juste après
J’ai donc quitté Lusaka, capitale de la Zambie, ville assez anonyme mais pas moche non plus. Plutôt étendue, avec son pas de centre et ses tas d’avenues dispersées, la ville est un peu arborée mais pas trop. On a un peu du mal à s’y repérer parce qu’on est jamais vraiment certain d’être dehors ou dedans et il n’y a pas des masses d’ d’indications. Pour en sortir, j’ai un peu ramé. Il fallait que je redemande ma route tout le temps. Je crois que j’avais la tête dans les nuages, ou plutôt dans le cul…oui c’est plutôt dans le cul que je l’avais cette fois-ci. De toute façon, au résultat, l’effet est le même, on se plante à chaque carrefour, on ne sait jamais où on en est ; dans les nuages, on le prend bien; dans le cul, on a les boules. La route est moche, il y’a trop de camions et en plus voilà que je me fais choper par le seul radar d’Afrique. Ah là, c’est pas dans les nuages que je l’ai ma tête. Quatre vingt dollars…putain, ça m’énerve. Je finis par trouver un petit rythme plus détendu sur cette interminable ligne droite au milieu d’une infinie prairie trop verte pour ne pas sentir la pluie, quoique un tout petit peu arborée quand même mais pas trop. Il ne peut rien se passer sur une route pareille, j’en oublierais presque que je suis en Afrique, j’en oublierais presque tout. Mais mon pneu me ramène à la dure réalité. Les aventures du pneu chinois, on les attendait l’an dernier; surprise, on est en plein dedans. En trois secondes me voilà sur la jante. C’est normal, c’est juste deux jours après une réparation faite je ne sais comment, par je ne sais qui, dans la nuit, au bord de la route .
Avec un pneu sans armature c’est comme il y’a trente ans, t’as pas vraiment le choix, si tu crèves tu t’arrêtes comme tu peux, juste en essayant de ne pas te vautrer. Je m’arrête donc tant bien que mal sur le bord de cette route pas bien large où les gros camions qui vont au Congo se tirent des bourres impressionnantes. Génial. Je commence à démonter consciencieusement, de toute façon il n’y a rien à faire d’autres. Mais en extrayant la chambre du pneu, je la découvre irréparable , inrecollable, complètement bonne pour la poubelle. Je commence à vaguement tenter, sans trop y croire, d’arrêter les bagnoles qui passent, et là je l’ai vraiment dans le cul, ma tête. Le temps passe, le doute s’installe…dans ces cas-là, il ne faut pas douter, sinon tu l’as tellement dans le cul ta tronche, que tu te noies dans ta merde. Alors je continue et bien sur, il y’ en a un qui a fini par s’arrêter. Ce sont deux fermiers blancs dans un vieux pickup Izusu. Ils me proposent d’emmener ma roue à la ville la plus proche, mais moi je dois rester là, il faut bien surveiller la bécane. Bon, allez, que je me dis, prenons ça à la cool, je sors un vieux classique russe de mon sac, je me calle par terre entre mes bagages et je commence à bouquiner. Mais faut pas croire que je vais m’en tirer comme ça ; c’est quand la pluie a commencé à tomber avec application que j’ai vraiment senti la journée pourrie pour rien. Vaguement callé sous le seul arbre digne de ce nom, je reste planté comme un zombi pendant presque deux heures. Les voilà enfin qui rappliquent, mes fermiers blancs. On commence immédiatement à remonter puis on découvre presque aussi immédiatement, que le pneu est dégonflé.
Pas de panique, on remet ça. Et les voilà reparti aussi sec ; enfin l’expression est assez inadéquate, parce que, putain, qu’est ce que ça mouille. Deux heures passent, je comate vaguement, debout contre mon arbre. Il y’a parfois quelqu’un qui s’arrête pour savoir si tout va bien. Un coup c’est un minibus taxi, un coup des espèces de flics en civil…et puis les revoilà ; ils me disent que ça n’est qu’une réparation provisoire et qu’il faut que je les suive. C’et vrai que ça sent le provisoire à remarquer comment tangue ma bécane. Ils m’amènent devant un portail anonyme et là je me retrouve chez un Allemand qui organise des balades à moto dans les réserves du coin. Il y’a des bécanes avec des pneus de dix sept dans tous les coins. J’ai un peu du mal à y croire. A ce moment-là, comme un somptueux pet d’éléphant, voilà mon pneu chinois qui largue définitivement son dernier souffle.

18 janvier 2008
Le lendemain c’était la douane.
Le lendemain c’était la douane. C’est là qu’on jubile d’être sur deux roues. La route de la douane, c’est une bonne centaine de kilomètres de camions qui roulent les uns derrière les autres. Des qui portent des bulldozers, des Tata indiens tout neufs par convois entiers, des doubles semis remorques pleins à rabord et moi au milieu et la pluie au dessus. Les quatre ou cinq kilomètres avant la frontière, ce n’est qu’un gros tas informes de camions en attente, parfois depuis longtemps vu leur enlisement dans les bourbiers. J’ai mal dormi la nuit dernière, j’arrive un peu énervé au milieu de tous les grumeaux qui s’agglutinent pour te changer de la thune, t’aider dans les démarches…enfin t’aider, elle est bonne celle-là…je les envoie un peu chier mais pas trop parce que je suis quand même obligé d’abandonner la moto à côté d’eux, le temps des habituelles paperasseries que finalement je gère avec un certain professionnalisme; c’est pas de la frime, à force on finit toujours par gérer ... -You come from SouthAfrica ?
-Non non, je parle Français ; je suis venu de la France… -Ouuuuh, quoi, là, tu dis que tu es venu de la France avec l’engin-là, didon, mais toi tu es fort, là, ooouh… là mais tu es très très fort, là, toi… c’est bon, c’est gagné, au suivant…immigration, police des frontières, douanes…y’en a un qui a voulu poser à côté de la bécane, c’est impec, après ça la barrière s’ouvrirait presque sous des applaudissements. Cette douane est un enchevêtrement bizarre, de cours et d’arrière cours boueuses et après chaque intronisation on est introduit dans la suivante. Et puis à la sortie, il ne faut pas oublier, on roule à droite. Le plus compliqué avec la conduite à gauche, c’est quand au milieu du voyage, on fait une escale d’une semaine dans un pays où on revient au côté droit. En arrivant en Namibie, il faut bien admettre qu’il y’avait eu comme un petit flottement. C’est pas que ça soit un problème sur la route, à moto on est au milieu de son véhicule et en plus on roule au milieu de la route…En ville, ça devient plus chiant, surtout avec les feux après les carrefours, à l’américaine. Là, bon, ça cafouille un peu, c’est vrai, mais il faut bien avouer que le pire avec la conduite à gauche, c’est quand on redevient piéton, le soir, qu’on a posé la bécane et que, un peu naze, on traverse la rue devant l’hôtel pour aller boire un coup…
19 janvier 2008
entrée à Lubumbashi
On arrive, à Lubumbashi comme dans toutes les villes d'Afrique par des quartiers tout pourris; Ici, ce qu'il y'a en plus c'est des portiques d'entrée qui se la pêtent et puis aussi des mines de cuivre...
Et tiens, tant que j' suis, voilà un petit rappel géographique







