03 janvier 2008

de Huambo a Lubango

tout_droit_vers_le_sudPremier jour de l’année deux mille huit… Huambo n’est pas une ville terriblement passionnante, une seule nuit m’y suffira très bien, surtout que j’aime pas ça les piaules avec juste une toute petite fenêtre genre soupirail au ras de plafond, et au tarif angolais, autant chaque jour essayer autre chose. Je suis arrivé à huit heures ce matin, je repartirai à huit heures demain, c’est bon, c’est amorti, je pourrai reprendre la route reposé, j’en avais sacrément besoin. A Huambo, on a, comme partout dans ce pays, des immeubles soviétiques très moches et des maisons portugaises un peu délabrées. Les plus prestigieuses et les officielles ont été replâtrées de neuf quant à tout le reste, c’est bizarre. Il y’a un tas d’immeubles constellés de petites cicatrices comme on a des fois quand on s’est tapé de l’acné un peu virulent pendant l’adolescence. L’acné de Huambo c’était la guerre, et la guerre ça laisse toujours des cicatrices. A cause de la fechtas de nouvel an, y’avait pas de petit déj avant neuf heures du mat, j’avais le choix entre partir le ventre vide pour sauver la moyenne ou démarrer un peu plus tard, l’estomac gavé avant d’attaquer les quatre cents bornes jusqu’à Lubango Au départ, il y’a vingt bornes de route toute neuve, et le motard voyageur qui ne sait jamais vraiment ce qu’il est venu chercher ici, se dit que merde, quoi, putain ça ne va pas du tout, il se préparait à affronter les pistes les plus terribles d’Afrique et les Chinois ont tout transformé en super route. Et subitement, voilà qu’on se retrouve sur de la piste pure et dure et le motard qui ne sait toujours pas ce qu’il est venu faire ici, il se dit que non, quoi, si ça continue comme ça, il va mettre un temps fou à sortir de pays. En même temps qu’est ce qu’on en a à foutre, on est pas obligé de se les taper d’un coup les quatre cents bornes entre Huambo et Lubango. la_route_degoudron_eFinalement t’en voulais de la piste, et bien là, t’en as une vraie de vraie. Le goudron en phase terminale, ça reste décidément ce qu’il y’ a de pire avec ces trous aux angles coupants si redoutables pour les pneus. Tout le long, il y’a toujours un petite passage étroit et plutôt onctueux fabriqué par les motos et les vélos et bien pratiques pour les grosses bécanes. En plus, cette fois-ci, il y’a une piste parallèle, tantôt sableuse, tantôt boueuse mais toujours en liaison avec la première ; trois pistes pour le prix d’une, on ne peut pas rêver mieux. Si…On pourrait imaginer qu’il se mette à pleuvoir, d’ailleurs, il s’est mis à pleuvoir.

rue_caconda2_copieAu kilomètre cent quatre vingt , il y’a l’unique petite ville du coin, ça s’appelle Caconda, et c’est là qu’il faudra s’arrêter. Evidemment, à cause de la fiestach tout est fermé, hôtel, resto, que des portes closes. Dans ces cas-là , il suffit de faire comme les pêcheurs à la ligne, il faut attendre que ça morde ; avec la moto comme appât, ça mord toujours. Une petite moto chinoise Kawazeke avec deux mecs dessus. Après m’avoir guidé dans la ville à la recherche d’une autre pensâo qui serait ouverte, ils me disent d’attendre un peu. Comme il pleut, je ne me fais pas prier. Cinq minutes après, les voilà qui rappliquent tout content de m’avoir dégotté une piaule. C’est derrière un bar à l’entrée de la ville. Devant il y’ a plein de mômes et de petites motos et dedans une sono qui crache à donf une improbable version portugaise du « téléphone pleure » de Claude François. La patronne est une espèce de tigresse montée sur échasses mauves, mais comme elle roule en 125 Léopard, elle n’est pas du tout indifférente au charme brinquebalant mon vieux cheval. Il y’a toujours comme une giganteque angoisse quand on prête sa bécane à quelqu’un qu’on ne connaît pas.

les_motardes_de_Cacongo

Et elle a eu tellement de mal à passer la première avec ses pompes à la con, que j’appréhendais grave de faire une grosse connerie . Quand elle est revenue, Doucha, j’avais eu le temps de caricaturer tous les mômes du coin et même d’essayer la 125 Léopard, petit mono chinois à vitesses inversées. Mais maintenant, je fais partie de la famille, j’ai mangé le funje à la maison avec les deux mômes et le pote grumeau…Eh oui, elle a un pote grumeau, Doucha, c’est normal, il n’y a que dans les romans que ça se passe autrement, et mon voyage ce n’est pas un roman et puis je ne crois pas que c’est ici que j’aurais eu envie de finir ma vie…

rue_caconda1_copie

Deuxième jour de l’année… Il a plu toute la nuit et une bonne partie de la journée. Je suis resté à Caconda. Après tout ici, je suis déjà en famille. On mange le funje en regardant des films de Vandamme, et je suis obligé de bien surveiller ma piaule parce qu’il y’a ici une bande d’enfants redoutables dont le chef et le pire de tous est le fils de la taulière motocycliste. Yoyo est fasciné par tout ce que contiennent mes bagages et ce matin, il y’ a eu comme un court moment de panique quand j’en ai trouvé un qui essayait d’allumer l’ordinateur, un autre de faire des photos, le troisième était parti avec mon casque sur la tête et mon pneu de secours était devenu une sorte de jouet à faire rouler dans la pente de la rue.

rue_caconda3_copie Il y’a juste le casque que j’ai récupéré beaucoup plus tard parce que, visiblement le petit qui l’avait vissé sur sa tête avait plus ou moins l’intention de terminer sa vie avec. Je crois qu’à un moment donné, il a aussi servi de ballon de foot mais dans l’état où il est , ce n’est pas bien important. J’ai très vite compris qu’il fallait que je gère mieux la clé du cadenas pour que la journée puisse être une vraie journée de repos et pas une bataille rangée contre une meute de monstre de moins de sept ans. Je ne sais pas dans quel état sera la route demain…on verra bien… Je crois que ça devrait être le mot d’ordre de tout voyage… On verra bien demain… Et c’est vrai que demain est toujours un autre jour… Hier soir tard, quand j’ai voulu la rentrer sous l’appentis à cause de l’orage qui grondait encore, le démarreur a recommencé à merder, il a eu ce sifflement si inquiétant qui annonce toujours une issue fatale, puis il est reparti, mais super timidement …en plus en la rangeant bien comme il faut voilà que la soudure de béquille faite à Luanda avant de partir pète d’un seul coup ! Putain c’est quoi encore cette avalanche de tuiles sur la gueule. Il doit y’ avoir plein de lecteurs nostalgiques de mes galères de l’an dernier qui me jettent des sort par internet. Je ne peux pas leur en vouloir, moi aussi quand je regarde la formule1, tout ce qui m’intéresse c’est quand les bagnoles s’explosent; mais bon, je ne regarde jamais la formule1 en vrai, le zapping est bien suffisant pour voir ces crétins payés des milliards s ‘exploser dans leurs fusées à roulettes! carnaval_caconda_copie_2J’ai super mal dormi, évidemment, j’imaginais tous les scénarios possible. Je me disais que le plus sage serait sans doute de remonter jusqu’à Huambo où je pourrais appeler Alain qui aurait eu une combine par Zorro Jacquot, pour me faire parvenir un démarreur. Comme il y’a un aéroport à Huambo, ça pouvait peut être aller vite et en cas de galère ultime, je pouvais toujours prendre un vol pour Luanda, histoire d’aller chercher la pièce ou rentre via Kin si j’en avais vraiment plein le cul…ça broyait du noir hier soir. Pour m’endormir, je me suis dit que si le démarreur fonctionnait le matin, je continuais et sinon, je démarrais à la poussette et je remontais…il a démarré.

   A six heures et demi la béquille était ressoudée. Il me restait à faire mes adieux à toute la famille.trike_angolais A Doucha, à sa petite sœur Stella qui est très mignonne et très courtisée. Rien qu’hier soir pendant que je regardais pour la deuxième fois les « Quqtre Fantastiques» en espagnol sous-titré en portugais, il y’en a deux qui sont venus lui faire des déclarations. Le premier en costard, a entonné une interminable chanson d’amour avec un regard vitreux rivé au plafond. Elle avait l’air super emmerdée, la pauvre. Le second est arrivé pendant qu’on essayait de converser à coup de dictionnaire et de bribes d’Anglais. Il n’avait pas l’ai content du tout et a commencé à vitupérer contre ces gens qui veulent toujours parler d’autres langues que le Portugais , le Lingala ou encore une autre mais je sais plus…elle va avoir bien du mal a trouver le bon prétendant, Stella , et je pensais qu’elle était comme une Méryl Streep angolaise qui allait foirer sa vie sur la route de Lubango, et qu’il faudra qu’un jour passe son Clint Eastwood…Moi, je me suis toujours dit que je vieillirais bien comme Clint Eastwood où que je mourrais avant… Mais je pensais aussi à mon démarreur et ma béquille et qu’il fallait que je sache dans quel sens j’allais reprendre la route et que je ferais mon Clint Eastwood une autre fois… Le pote à Doucha m’a escorté jusqu’à une bifurcation dix bornes plus loin par où il avait l’air de me dire qu’il fallait passer pour éviter je n’ai pas trop compris quoi, parce que je ne suis pas doué pour les langues. On s’est tapé deux passages à gué dont un super flippant avec juste une espèce de poutre en béton en guise de pont et quand il m’a laissé à l’embranchement, je m’attendais à tout pour la Loubangosuite. Après cinquante bornes de piste un peu sportive, j’ai retrouvé une latérite bien roulante et puis un bitume tout neuf pour l’arrivée à Lubango, ce qui n’était pas plus mal parce que quand on a un démarreur promis à une mort certaine, il vaut mieux ne pas s’arrêter. Lubango est une petite ville de collines, ce qui est très bien pour démarrer en poussant. A peine arrêté à la station pour le rituel du plein de gazolina, un motard du coin m’a accosté pour m’aider à easy_ridertrouver un hôtel et un cyber-café…finalement tout s’enchaîne bien commeil faut que j’trouve…

Posté par ptiluc à 17:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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