18 février 2008

Puis c'est le bord de la mer...

Y’a vraiment pas beaucoup de monde sur cette longue route qui traverse le Mozambique du nord au sud. Les paysages sont toujours jolis quoique pas vraiment variés. On se demande toujours où vont et d’où viennent ces gens qui marchent au milieu de rien, mais finalement pour avoir la réponse, il suffit de les prendre en stop. Le premier, il venait  de son village et allait à l’école. Il en faut du courage pour aller à l’école dans ces contrées; six kilomètres à pied en plein cagnard et pareil au retour, il doit pas rester des masses d’énergie pour se taper les devoirs. Le second avait un parcours plus dense, il venait de Dar El Salaam, capitale de la Tanzanie qu’il avait quittée juste six jours plus tôt. Il a pas traîné le mec, ça doit être à deux ou trois mille bornes de l’endroit où je l’ai chopé. C’est là que j’ai compris qu’il n’a pas tout fait à pied, sinon il aurait mis un peu plus de temps. Il va à Maputo rendre visite à son frangin, peut être juste un week-end et puis il remonte, j’en sais rien, il ne m’a pas dit. Il a dû se dire qu’avec une moto il allait exploser sa moyenne. Surtout que comme d’habitude quand je me suis arrêté à côté de lui, il a, comme tous les autres, regardé le compteur en disant « ouuuh, two hundred kilometers per hour, houuu… » parce qu’en Tanzanie on parle anglais. Des fois j’essaye de leur expliquer qu’avec les compteurs c’est comme avec les journaux, ce n’est pas parce que c’est écrit que c’est la vérité…je suis assez fier de ma petite métaphore qui parfois décroche un certain succès, mais bon aussi, c’est vrai, des fois j’en ai un peu marre de dire toujours la même chose. Mon passager n’a pas dû être content, rapport à sa moyenne,  quand j’ai crevé du pneu arrière. Mais je n’ai mis qu’une heure à réparer et il m’a bien aidé à regonfler avec la petite pompe. Mais quand la nuit s’est pointée, moi j’ai été très content de tomber pile sur un petit motel au milieu de rien à côté d’une station-service. J’avais envie d’une bonne douche et de repos, lui il croyait sans doute que j’allais rouler toute la nuit; pas de bol, quoiqu’on puisse en penser, je ne suis pas un stakhanoviste de la moyenne. Maintenant, je suis au bar paillote en train d’écrire ma vie, il n’ y aurait pas, comme d’hab, de la musique à la con, ça serait une ambiance parfaite… le stoppeur vient de me rejoindre pour partager ma bière. Il n’a pas trouvé de camion bienveillant à la station-service et moi je crois bien que je viens d’hériter d’un squatteur.

motel

Au petit matin, Solomon s’est levé discrètement. Il ne m’a pas tranché le cou pour partir avec ma moto comme me l’avait prédi la taulière, il  m’a juste remercié et a disparu en quête d’un camion pour Maputo. Quelles mauvaises  langues ces taulières ; d’ailleurs elle a essayé de m’entuber sur le change, heureusement que je commence à  m’habituer !

J’ai fait le plein à Vilhanculos, petite ville côtière un peu à l’écart. C’est pas très joli, c’est même carrément moche, mais la mer y’ est étonnement turquoise et ils sont en train de retaper le vieil hôtel années trente qui est juste à côté, je note ça comme étape pour la remontée l’année prochaine. Ensuite la route devient carrément pourrie avec des trous partout, des camions qui font du slalom et des mômes qui font semblant de reboucher avec de la terre pour essayer de gratter quelques pièces aux bagnoles de passage. Autour c’est de la savane et au dessus un gros nuage tout noir. Cet abruti a bien essayé de nous la rejouer « rain season », mais ça n’a pas duré trop longtemps. Quand on passe le panneau qui indique le tropique du Capricorne, la route redevient belle, la pluie s’arrête et le paysage se transforme en d’interminables palmeraies avec juste quelques manguiers pour varier un peu.C’est étonnant, on dirait que ce simple panneau est une porte spatio-temporelle, tu le dépasses et y’a tout qui change d’un seul coup. L’étape du jour c’est la Praïa de Tofo ; je dois y retrouver Christophe, un français que j’avais rencontré il y’a six ans et qui organise maintenant des séjours plongée au milieu des gros poissons. Avant d’arriver, pour être un tout petit peu frais, j’ai tenté de faire une sieste sous un manguier bien ombrageux, mais après dix minutes j’étais de nouveau en train d’expliquer mon itinéraire, la contenance de mon réservoir et que, non, je n’étais pas SudAfricain…alors j’ai repris la route pour les quelques kilomètres restant.

Posté par ptiluc à 18:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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